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Plainte contre Transparency International, Sherpa et moi décembre 28 2008

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Il était une fois, un apprenti sorcier qui ne savait pas de quoi il parle et qui ouvrit la boîte de Pandore pour quelques dollars de plus. Puisque c’est l’objectif manifeste de la plainte de la Fondation Omar Bongo pour la paix parrainée par icelui contre moi, je préfèrerais la prison à vie plutôt que rendre public ne serait-ce qu’un élément du dossier qui, immédiatement, entraînerait des massacres entre Gabonais.

 Tout ce que je demande, c’est la restitution des biens mal acquis. Personne n’en mourra.

J’ai eu l’occasion d’écrire des articles et de dire au PR lui-même que ses prétendus défenseurs causeront sa perte, car tout ce qui les intéresse, c’est l’argent. “Bongo est un nom qui se vend bien“, disent les associations préfabriquées par André Mba Obame, le ministre de l’Intérieur et tous les autres bongolâtres. Y compris ses avocats français qui l’entraînent de gaffes en gaffes pour se faire autant d’argent qui ne sert pas au bien-vivre des Gabonais. Ils doivent bien rigoler entre eux, lorsqu’ils demandent à la justice gabonaise d’émettre un mandat d’arrêt international contre TI et Sherpa. Mais c’est moins burlesque pour le contribuable gabonais qui connaît le montant de leurs honoraires. Lorsque, par exemple, l’avocat Eric Meyer fait cadeau d’un chèque de 41 370 euros (27 138 720 F Cfa) pour acheter une Mercedes à Pascaline Bongo, on imagine l’ampleur de leurs intérêts dans la famille.

Cette forme de la Françafrique qui s’enrichit du mépris de nos peuples et de l’humiliation de nos rois nègres est également un moteur de ma décision de me porter partie civile.

 Je sais que cette plainte est destinée à anticiper le procès Biens mal acquis en m’isolant de Transparence Internationale et Sherpa. Mais je ne cache pas mon impatience de voir s’ouvrir ce procès qui excite vivement ma curiosité intellectuelle.

2OO8 sera l’année d’une véritable révolution populaire décembre 26 2008

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Point de vue publié dans Echos du Nord,  janvier 2008

Isis

Photo: S@m

Et voici le gouvernement nouveau. Comme le Beaujolais nouveau, il est toujours nouveau. Pourtant, c’est toujours le même Beaujolais, à quelque tanin près. Mais en fait de Beaujolais, notre gouvernement est aussi gouleyant qu’un petit Mabwéla, ce flacon qui prétend contenir du vin mais qui ne tient pas sa promesse. Notre gouvernement est au progrès ce que le petit Mabwéla est à l’œnologie.Comme à chaque épisode, le mauvais feuilleton des 40 ans de règne d’Omar Bongo est sous-titré. «Mission» (Cf Rambo), tel est l’éponyme de cette nouvelle fiction. Toutefois, ce navet gouvernemental est plus sérieux qu’il n’y paraît: comme la télé le fait des téléspectateurs, il a fait des Gabonais un peuple avachi, veule et autiste. S’il respectait véritablement le peuple, le régime changerait notre devise. Au lieu du caduc Union-Travail-Justice, il serait pertinent qu’il inscrive sur nos armoiries «On va encore faire comment? Le pays est géré!». Le syndrome de Stockholm court toujours: les Gabonais se sont épris de ceux qui les tiennent en otage et ils font tout pour ne plus s’en libérer.

En s’appliquant méthodiquement à faire régresser notre pays, en multipliant des slogans et en le harcelant de fausses promesses quotidiennes et uniquement incantatoires, les gouvernements successifs n’ont qu’un objectif : pousser les Gabonais à bout. Comme pour mesurer le degré d’indolence du peuple et son refus de prendre ses responsabilités devant l’Histoire.

J’ai dit un jour à un ami ministre que je voyais très bien leur jeu : ils bénéficient des privilèges du pouvoir, alors qu’en coulisse, ils le vomissent autant que le commun des Gabonais qui attend qu’un messie sorte de la cuisse de Jupiter. C’est pourquoi, sans prendre de risque, et de manière insidieuse, ils le sabordent de l’intérieur. Particulièrement en auréolant, autour d’Omar Bongo, l’icône surexposée d’un demi-dieu. C’est ainsi qu’à la RTG1, à tous les journaux télévisés, le Gabonais est harcelé de 45 minutes de lutte contre la pauvreté, d’actes pour le Gabon, de paix, de développement, de haute sagesse du «président-de-la-République-chef-de-l’Etat-président-fondateur-du-Parti-Démocratique-Gabonais». Ce, tous les jours, tous les jours, tous les jours! Depuis 40 ans! «Vous avez fabriqué un petit Kim Il Sung des tropiques!», avais-je conclu, en m’adressant à cet ami ministre qui feignait de n’avoir pas entendu.

Quelles missions ?

S’il voulait amorcer le progrès du Gabon, le gouvernement qui a réduit le nombre de ministres d’Etats sans se donner aucun ministre d’actions, devrait s’imposer les missions suivantes, considérant que les faits sont toujours contraires à ses déclarations:

-     arrêter urgemment de lutter contre la pauvreté;

-     détruire les routes, en particulier la seule voie d’accès à l’intérieur du pays, devenue un parcours du combattant (on peut y parcourir 3 kilomètres en 3 heures) et continuer de refaire chaque année uniquement les boulevards qu’emprunte le président de la République;

-     rendre définitivement inopérant notre système sanitaire;

-    saboter tout le système éducatif et supprimer les bourses d’études des plus pauvres;

-     réduire le pouvoir d’achat des Gabonais en augmentant encore le SMIG, mais en augmentant encore plus le prix des biens de consommation courante ;

-     mettre en prison ceux qui refusent de pratiquer les détournements de fonds et toute forme de corruption et adopter une loi portant impunité des crimes économiques ;

-    intensifier la géopolitique, anti-républicaine, qui développe le repli ethnique, favorise objectivement certaines provinces et certaines ethnies afin de créer des tensions explosives lorsque l’unique dénominateur commun ne pourra ou ne voudra plus remplir sa fonction;

-    dépenser encore plus de milliards pour les pagnes et les groupes d’animation qui sont l’investissement prioritaire des fêtes tournantes ;

-    continuer de faire semblant de croire au Nepad ;

-   faire confiance à l’OMC sans savoir pourquoi et s’y lancer à corps perdu comme si nous avions quelque chose à y gagner;

-   faire semblant d’ignorer à quel point, à l’échelle mondiale, les impérialistes du Milieu sont impitoyables et peu fiables en affaires et oublier que le palais Léon Mba (Assemblée nationale), qui est à reconstruire et la toute nouvelle salle polyvalente de Franceville qui s’est pulvérisée toute seule prouvent que, même dans le bâtiment, les Chinois ne produisent que de la pacotille;

-    s’entêter à livrer Bélinga et tout le pays au péril jaune, dans le même esprit que les roitelets de village qui ont favorisé la pénétration coloniale pour quelques bibelots et de la verroterie;

-     continuer d’entretenir des relations personnelles, voire familiales, avec Nicolas Sarkozy dont la vision de la Françafrique varie selon qu’il est à Paris, à Dakar ou à Libreville;

-    appuyer le CNC dans la « régulation» sans pitié de tous ceux qui usent de leur liberté d’expression en assimilant, délibérément, la dénonciation à l’outrage, le trouble de l’ordre établi au trouble de l’ordre public;

-    continuer de mettre en prison, les dangereux diviseurs qui, par voie de presse, se battent pour la liberté de juger l’action du gouvernement et qui commettent le crime de lui proposer une autre vision pour ce pays en régression constante;

-   réprimer sévèrement ceux qui sont convaincus qu’il n’y a pas de progrès possible lorsque tout un pays considère un seul homme comme le seul et unique principe politique;

-    ne tolérer l’intrusion des religions, des associations et des ONG dans la politique que lorsqu’elles soutiennent Bongo;

-    continuer de faire croire que les Gabonais sont fiers d’avoir le plus ancien chef d’Etat en exercice au monde, pendant que tous les autres peuples ont honte à notre place;

-    au fur et à mesure que l’unanimité s’établit sur l’appauvrissement galopant du plus grand nombre, encourager une infime minorité à narguer le peuple, dans sa galère de taxis, en exhibant des Mercedes, des Hummer, des Lexus, des Chrysler 300 (voitures de fonction de chacun des 9 conseillers du CNC, à 39 900 000 F l’unité), des Land Cruiser VX, des BMW et autres Volvo qu’aucun salaire normal ne peut acheter en si grande quantité et à une telle fréquence.

Certes, je parle du gouvernement. Ce qui pourrait faire penser que je ménage le président de la République. Hé bien, non. Le fait est que le gouvernement, comme toutes nos institutions, ne travaille pas pour le peuple. Il travaille pour une seule et unique entité. La seule qui se vante d’être le seul capable de «faire d’un chien un ministre»: le chef de l’exécutif, du législatif mal élu par une infime minorité de non abstentionnistes, du judiciaire, des armées, de l’administration, de la majorité, de l’opposition, de la presse, des syndicats, des cercles discrets ou secrets, des religieux, des ONG, des associations, des artistes, des jeunes, des Gabonais d’adoption (comme Léon Mba désignait les étrangers), des chefs d’Etats africains, des contre-pouvoirs, des hommes d’affaires, des travailleurs, des chômeurs, des riches, des pauvres, des handicapés, des sportifs, des malades, des chanteurs (toujours heureux d’avoir reçu verbalement 1 milliard), des nganga, des professions médicales, de l’élite intellectuelle, des ouvriers, des enseignants, des agriculteurs, des chercheurs, des banquiers, des fonctionnaires, des commerçants, des bureaucrates, des techniciens, des étudiants, des lycéens, des élèves, des PME, PMI et TPE, du BTP, des transporteurs, des barmen, des journalistes auto censeurs de la RTG1, des mal élus locaux, bref, de tout ce et ceux dont il a, un jour, annoncé la disparition de la carte dès qu’il ne sera plus au pouvoir.

C’est pourquoi j’ai dit plus haut que le gouvernement est plus sérieux qu’il n’y paraît. Une observation simple et un petit effort de mémoire nous permettent de comprendre le mal du Gabon: on nous prépare un après-Bongo cataclysmique.

En 40 ans, les Gabonais n’auront pas appris à respecter les lois; les institutions n’auront pas appris à fonctionner correctement; à force de fraudes électorales, le peuple souverain vomit le seul véritable instrument de sa souveraineté directe: l’urne; la géopolitique a balkanisé le pays et cloisonné les ethnies; le clientélisme politique a développé l’opportunisme. L’absence d’institutions solides exacerbe la guerre de succession; la course à l’enrichissement personnel illicite a neutralisé la conscience patriotique et le culte de la personnalité annihilé l’édification d’une nation reposant sur une conscience collective: le seul consensus national au Gabon est… Omar Bongo Ondimba. C’est pourquoi on nous rebat les oreilles avec la paix, alors que notre pays n’a jamais connu de guerre. Il s’agit, à l’heure du déluge programmé, de nous faire regretter les 40 ans de paix d’Omar Bongo. C’est dans ce sens que le chef de l’Etat lui-même, dans ses discours les plus récents, incite les Gabonais à la révolte. Voyons le schéma: le dénominateur commun parti ou empêché (d’une manière ou d’une autre), que restera-t-il du Gabon ? Une bombe à retardement.

Et bien demain, lorsque Bongo ne sera plus, les 40 ans de frustrations, d’injustice sociale, de favoritisme, d’opportunisme et de pillage vont exploser. L’objectif sera atteint: on cherchera le Gabon sur une carte et on regrettera la paix. Mais demain n’est pas si loin. Un peu d’attention permet d’observer que dans les quartiers, dans les villages, se prépare ce que nous attendons depuis trop longtemps: 2008 sera l’année d’une véritable révolution populaire.

 Grégory Ngbwa Mintsa

3 janvier 2008

Bongo est honnête décembre 26 2008

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Point de vue Publié dans Echos du Nord, décembre 2007

Faire de l’opposition systématique est bête et antipatriotique. Il faut savoir être objectif: le président Bongo, dans son discours à la Nation, nous a montré qu’il est un grand homme. En effet, il faut une grande profondeur d’esprit, beaucoup de courage politique et d’honnêteté intellectuelle pour reconnaître solennellement, dans un discours à la Nation, l’échec total de ses quarante ans de règne. Cette autocritique acerbe est à la fois historique et emblématique.

Historique, car elle nous fait découvrir un chef d’Etat enfin lucide à qui il aura fallu 40 ans pour entendre ce que nous lui répétons depuis tant d’années. Dans un long lamento, atteignant des sommets de lyrisme, il nous a adressé un grave mea culpa: « la détresse des plus vulnérables de nos citoyens me parvient chaque jour. Je sais que le coût de la vie et le chômage sont devenus pour beaucoup de Gabonais une hantise de tous les instants (…) que l’état de notre réseau routier, de nos infrastructures sanitaires et scolaires, de nos moyens de transports publics » laisse fort à désirer. Et de s’interroger sur ce qu’il a fait d’Air Gabon, d’Africa N°1 et d’autres entreprises qui étaient de rares sujets de fierté nationale jusqu’à ce qu’elles soient purement et simplement sabordées. Et de reconnaître enfin officiellement qu’il a laissé se développer une caste de corrompus et de prévaricateurs dans les plus hautes sphères de l’Etat, coupables quotidiennement de crimes économiques, au sacrifice du plus grand nombre.

Je suis personnellement soulagé de constater que le président Bongo a enfin ouvert les yeux sur tout ce que nous dénonçons depuis des décennies sans être entendus. Mais la gaboniaiserie veut que, exactement les mêmes propos, dits par les aigris, extrémistes, jaloux, déviants, revanchards, terroristes, va-t-en-guerres, bellicistes, diviseurs, affamés envieux qui composent la farouche-opposition-radicale- qui-veut-mettre-le-pays-à-feu-et-à-sang-et-tuer-la-paix-si-chèrement-acquise-sous-la-haute-sagesse-de-Son-Excellence-le-président-de-la-République-Chef-de-l’Etat, les mêmes propos, donc, repris point par point par le Grand sage doyen des chefs d’Etats africains deviennent soudain intelligence, lumière, vision, vérité, lucidité, clairvoyance, discernement, intellection, profondeur, sagacité, haute sagesse.

Et c’est là que ce discours à la nation est emblématique. Emblématique de ce que j’ai déjà déploré dans vos colonnes (Echos du Nord n°31), à savoir le fait que l’élite gabonaise joue sur les travers de la tradition orale. Au Gabon, tout est fait dès lors que tout est dit. Verbalement. C’est tellement vrai que ce discours intervient deux ans après le début du mandat marqué oralement sous le signe des «actes pour le Gabon» et un battage médiatique promettant que demain serait meilleur qu’aujourd’hui, que le meilleur est à venir, que nous ferons de la lutte contre la pauvreté notre première préoccupation et qu’enfin, vous allez voir comme nous avons changé.

L’autocritique du président de la République se passe de commentaire. Les pédégistes devraient suivre la voie tracée par le Lider maximo, Grand Timonier: désormais, ils savent que l’heure est aux bilans, à la remise en question afin de commencer à servir le peuple gabonais et d’arrêter de déifier un citoyen en le plaçant comme le début et la fin de leur action ou, plus précisément, de leurs privilèges. On peut donc rêver qu’on ne verra plus, désormais, un éminent historien africain, Elikia Mbokolo créer sur RFI et la RTG, une nouvelle branche de l’histoire contemporaine exclusivement gabonaise, la bongagiographie.

On pourrait espérer qu’en revanche, des experts seront commis pour trouver des solutions aux problèmes du pays.

Malheureusement, on est en droit de craindre que ce discours s’inscrive encore, de manière emblématique, dans la culture du bongoïsme et le mode opératoire des gouvernements gabonais successifs depuis 40 ans: effets d’annonce et procrastination (remettre au lendemain, puis au lendemain, puis au lendemain ce qu’on peut faire aujourd’hui) Cf «Demain un jour nouveau» dans les années 70, «Demain sera meilleur qu’aujourd’hui» au milieu des années 2000.

Un nouveau gouvernement est annoncé ? Les Gabonais font semblant de l’attendre impatiemment et jouent à se faire peur en se demandant qui sautera. Mais au fond d’eux-mêmes, ils savent très bien que les mêmes seront reconduits. Aucun espoir qu’il y ait du sang neuf, puisque le président de la République affirme ne réserver aux jeunes que des installations sportives et des loisirs, pourvu qu’ils ne se penchent pas sur les vrais défis qu’ils devront relever demain. Il est vrai que la jeunesse gabonaise, qui n’aspire qu’à succéder à l’élite corrompue, est une des rares au monde qui ne s’interroge pas sur ce qu’elle sera dans cinq, dix, vingt, vingt-cinq ans. Lorsque, par exemple, après avoir exploité Bélinga, les Chinois, bien qu’ils n’aient pas payé d’impôt ni de taxe pendant 25 ans, bien qu’ils aient dévasté toute la forêt qu’ils ont jugé nécessaire de détruire, bien qu’ils aient une priorité sur tous les autres minerais qu’ils pourront trouver sur leur passage, bien qu’ils aient détruit l’environnement sous la couverture exclusive de l’Etat gabonais, bien qu’ils aient fait du Gabon une province de la Chine après nous avoir envahis, les Chinois, donc, pourtant détenteurs de 75 à 90% de Bélinga, décréteront unilatéralement que le gisement n’est pas rentable après 25 ans d’exploitation intensive et exclusive. L’Etat gabonais, selon les accords, devra leur payer des compensations dont la valeur sera définie par les Asiates eux-mêmes. Que restera-t-il alors à notre jeunesse insouciante ?

Si je pouvais me permettre de donner un conseil à notre président, je lui dirais de consacrer les quatre ou cinq mandats qui lui restent à ouvrir grandes les portes de la postérité en laissant l’héritage d’un règne qui, désormais, sera le contraire de celui qu’il a décrit et décrié pour son quarantième anniversaire.

Et que cela commence par la publication libre de cet article que le Conseil National de la Communication, grand garant de la liberté d’expression et d’opinion inscrite dans la Constitution, va chercher à condamner.

Il devra d’abord sanctionner la publication du discours à la Nation, autrement plus virulent que ce point de vue, pour avoir vilipendé les quarante ans de règne d’El Hadj Omar Bongo Ondimba aussi outrageusement.

« Je ne suis pas un suiviste. C’est Kombila qui m’a suivi » décembre 26 2008

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Interview publiée dans Echo du Nord, novembre 2007
Suite au ralliement du RNB à la majorité

Grégory Ngbwa Mintsa: le RNB est un parti gabonais. Il n’est pas étonnant qu’il fonctionne comme le pays. Les Gabonais veulent réinventer la roue tous les matins, en s’emparant des concepts et des truismes à la mode et en les appliquant «à la gabonaise». On s’engage dans la protection de l’environnement, mais on veut exploiter Bélinga sans étude d’impact. On crie sur les toits qu’on va lutter contre la pauvreté, mais on augmente le prix du carburant et le SMIG, sachant bien que la flambée des prix qui s’ensuivra réduira gravement le pouvoir d’achat des Gabonais. On crée un ministère chargé de l’enrichissement illicite, ce qui sous-entend que la question est grave, mais ce ministère semble ne rien voir depuis des années qu’il est mis en place. On constate le recul du système éducatif, mais on continue d’appliquer une sélection absurde en admettant des élèves gabonais dans des lycées en fonction des places disponibles, au lieu d’adapter les structures d’accueil à la démographie en construisant de nouvelles écoles et de nouveaux lycées. Puisqu’on est incapable d’assurer un développement intégré et permanent du pays, on lance la bonne idée des fêtes tournantes dont la priorité est pourtant donnée à la construction de tribunes officielles et d’aménagement des voies qu’emprunte le cortège présidentiel. Quitte à créer, dans une zone déserte, une avenue que ce cortège empruntera une ou deux fois par an, comme ce fut le cas à Oyem. Et tant pis pour les riverains. On est leader d’un parti de l’opposition tout en étant ministre d’Etat du gouvernement de la majorité présidentielle.

L’élite gabonaise a bien compris l’exploitation qu’elle pouvait tirer de la tradition orale: il suffit de dire à un gogo famélique qu’il mange trop pour qu’il se mette au régime. Voyez les chanteurs gabonais. Ils n’arrêtent pas de remercier celui qui leur a donné verbalement 1 milliard de Francs. Pourtant, ils n’ont jamais palpé le moindre sou. Mais n’allez jamais demander à qui que ce soit de s’arrêter un moment et d’analyser finement la situation réelle pour résoudre les problèmes. On vous traiterait soit de rêveur, soit d’extrémiste.

- Cette question est intéressante, car elle illustre la conception de la politique au Gabon. On proclame une démocratie, mais le débat y est proscrit. On veut nous faire admettre que les seules idées que nous devons adopter sont celles de l’élite corrompue et de la classe dirigeante. Poser des questions et exprimer son désaccord, même dans les termes les plus pertinents et les plus argumentés est assimilé à de l’extrémisme, voire à du terrorisme. Une conviction doit être cohérente et s’appuyer sur des principes éprouvés. J’ai du mal à croire qu’imprégnés de nos traditions, et après avoir lu Epictète, Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Zola, Baudelaire, Marx, Spinoza, les paroles de Jésus, Mahomet, Gandhi et Mandela, on puisse penser et agir comme si on ne les connaissait pas. Peut-on avoir écouté Haendel, Curtis Mayfield, Marvin Gaye, Stevie Wonder, Mvom Eko et Aküè Obiang et rester imperméable à toute forme d’humanité? L’élite gabonaise est composée de diplômés qui ont étudié les leçons pour avoir une bonne note et un diplôme afin d’obtenir un poste budgétaire à la Fonction publique. Or, tout ce que nous apprenons doit s’intégrer dans notre personnalité et étoffer notre mental.

Maintenant, pour répondre à votre question, je me souviens que lorsque j’étais rédacteur en chef du journal Le Bûcheron, considérant que le peuple ne peut pas faire de bons choix s’il n’a pas une bonne information, je voulais faire de l’organe du parti un journal d’informations de référence et non plus un bulletin de propagande. Figurez-vous qu’on me taxait systématiquement de bongoïste, car la ligne éditoriale voulait que tous les maux du pays soient le fait du président de la République. Cela pouvait aller jusqu’à la météo lorsqu’elle était mauvaise et que des articles se concluaient: «il y a des inondations. Voilà où nous mène le système Bongo». Ridicule. J’étais obligé de relire attentivement tous les articles pour en expurger les insultes qui les jalonnaient. Les mêmes qui fanatisaient le parti durant ces années là et contre qui je m’érigeais sont tous dans la majorité présidentielle aujourd’hui. Mais je savais qu’ils rendaient compte de ma liberté de conscience à leurs amis de la majorité. C’est ainsi qu’ils m’ont fabriqué l’image d’extrémiste. Le jour où un débat aura lieu sur ces questions, ils ne pourront pas nier avec quel acharnement j’ai exigé le respect dans le débat démocratique. Je démontrerai comment j’ai empêché que la rue se transforme en boucherie, en luttant personnellement contre la politique sacrificielle du Père Paul Mba Abessole, le président du Rassemblement National des Bûcherons auquel je militais. Si c’est cela être extrémiste, alors je le revendique haut et fort.

- Tout d’abord, et je ne le répèterai jamais assez, je ne suis pas un suiviste. Lorsque je m’associe avec quelqu’un, c’est de manière réfléchie, avec des objectifs bien précis. Ce n’est pas une question d’orgueil. C’est que le protestant que je suis agit plus avec sa conscience et sa responsabilité individuelle, que sous la férule d’un gourou, soit-il charismatique, comme on les aime au Gabon. Cela me réserve une marge de manœuvre absolue vis-à-vis de toute forme de manipulation et de toute considération nocive. C’est ainsi que, pour répondre à votre question, si l’on se place d’un point de vue historique, c’est Kombila qui m’a suivi. J’avais, depuis 1994, attiré l’attention du premier secrétaire d’alors sur les incohérences idéologiques de Mba Abessole et sur l’ostracisme de ce dernier à l’endroit des Woleu-Ntemois qui, pourtant, constituaient la tête de proue du parti. Le Pr Kombila m’avouait n’être pas de taille à s’interposer dans un conflit entre Fangs, majoritaires dans le parti. J’ai donc pris seul mes responsabilités en entreprenant de dénoncer l’imposture du curé. Ce dernier était tellement acculé qu’à chaque occasion, il ne manquait pas de lancer une fatwa contre moi dans toutes les réunions de Woleu-Ntemois. Si je n’étais pas un neveu de Minvoulois, je n’aurais pas survécu aux trois jours de réanimation que des centaines d’Oyemois m’ont infligés après un lynchage qui aura duré tout un après-midi.

C’est seulement en 1997, au congrès provincial du Woleu-Ntem que le Pr. Kombila, ayant lui-même été marginalisé par Mba Abessole, est entré dans la bataille. Mais je me demande si tout cela n’était pas une mise en scène, savamment télécommandée pour tuer l’opposition dans l’œuf.

- Il n’est plus un secret pour personne que Paul Mba Abessole a été rapatrié par le pouvoir, que ce dernier lui a donné les moyens de constituer le premier parti d’opposition afin de pouvoir contrôler cette dernière et que sa mission ne devait pas aller plus loin. C’est ce qui explique l’appel au boycott de l’élection législative de 1990 qu’il a eu peur de gagner, car il n’était pas là pour cela. C’est ce qui explique également pourquoi il s’opposait à toutes les formes de coordinations de l’opposition. Il a mené une guerre farouche à la COD (Coordination de l’Opposition Démocratique). Puis il a sabordé le Haut Conseil de la République (HCR), le gouvernement parallèle issu du contentieux électoral de 1993. Ce gouvernement, qui avait surtout une dimension symbolique et qui, à tout prendre, valait mieux que la lutte armée -réaction classique dans ces cas-là- arrivait à marginaliser le gouvernement issu de la fraude électorale. On se souvient qu’il prenait le contre-pied du gouvernement officiel. Ainsi, lorsque la date officielle de la rentrée scolaire de 1994 fut annoncée, tous les enseignants n’ont commencé les cours qu’à la date fixée par Maganga Moussavou qui était le ministre de l’Education nationale du HCR. Mba a eu peur du pouvoir, car la prise de pouvoir n’était pas dans son cahier des charges. Le contentieux électoral passé, il fallait amorcer la normalisation: Accords de Paris à l’Hôtel Crillon, avec forces mallettes d’argent, organisation d’un référendum et d’une nouvelle loi électorale pour le partage du gâteau.

Il restait à procéder à la liquidation du RNB qui devenait incontrôlable, puisque le pouvoir et la direction du parti l’avaient fanatisé au point où des militants n’hésitaient pas à donner leur vie pour le changement. Le moyen le plus crédible pour liquider le parti était d’en finir d’abord avec le journal Le Bûcheron, puis de simuler une scission qui expliquerait la déliquescence, puis la mort du parti. J’espère que vous ne pensez pas un instant que Mba et Kombila se retrouvent au sommet de la hiérarchie du gouvernement par hasard ou parce qu’ils vont appliquer une politique d’opposition dans le gouvernement de la majorité ou parce que le président Bongo prône “le pardon“. Tout le monde sait que le pouvoir, au Gabon, ne compose qu’avec ses opposants de service. Les autres… Un ami camerounais m’a dit, un jour: «avant que je vienne au Gabon, je me faisais une fausse idée de votre pays. Avec tous les génies qu’il y a ici, vous devriez être le phare de l’Afrique. Mais, malheureusement, le Gabon est un pays où l’on éteint les Lumières

- Outre les appels à la négociation entre états-majors du RNB et du RPG, il y a quelques années pour une réconciliation (mais sur quelle ligne ?), le fait que le numéro un du RNB est aujourd’hui vice-premier ministre et le numéro deux ministre d’Etat nous confirme que rien, surtout en politique, n’est le fait du hasard. Regardez le procès en légitimité qui les a opposés. Le tribunal a jugé qu’ils avaient raison tous les deux. Lorsqu’on nous cache des choses, on nous oblige à réfléchir. Et la vérité finit toujours par surgir. Le problème est qu’on pense que la passivité des Gabonais est due à leur incapacité de réfléchir. Alors, on nous met de la poudre aux yeux et on en rajoute. Jusqu’aux oreilles, ce qui fait mal dans une société orale.

- Résumer ainsi la situation serait simpliste. L’entrée au gouvernement du Pr. Kombila n’est que l’aboutissement d’une posture qui nous exaspère depuis le lendemain de l’élection présidentielle de 1998. Depuis cette période, le numéro un du parti n’assiste aux réunions du Bureau exécutif que par accident. Il n’associe le numéro deux, le premier secrétaire, à aucune décision. Il ne répond même plus à son téléphone. Lorsqu’il donne une conférence de presse, il édulcore à outrance un discours adopté par le Bureau exécutif. Le Premier secrétaire et moi-même lui avons adressé une lettre au lendemain de sa nomination au gouvernement qui se résume à peu près à ceci: «nous ne sommes pas vos juges. Chacun est responsable devant sa conscience et devant l’Histoire. Vous êtes entré au gouvernement. Peut-être avez-vous raison. Mais, par respect des individus et des principes démocratiques, vous auriez du porter le débat, même à un niveau restreint, au sein du parti. Peut-être une majorité se serait-elle dégagée en faveur de l’entrisme. Mais la question n’a même jamais été débattue à quelque instance que ce soit. Par conséquent, nous estimons que vous êtes entré au gouvernement à titre personnel, et non au compte du RNB.» Kombila est parfaitement libre d’entrer au gouvernement. Mais qu’il respecte ses partenaires, ainsi que la ligne qu’il est chargé de défendre. Il faut savoir prendre ses responsabilités sans chercher à noyer les autres avec soi. Je vous garantis que si, un jour, j’intégrais la majorité, je prendrais mes responsabilités seul et je ne le ferais pas en catimini. Ceux qui pensent qu’ils peuvent échapper à l’histoire et qu’ils peuvent mentir à la postérité se trompent dramatiquement.

- Je ne sais pas si j’y participerai. Le parti, moi je n’en fais pas une affaire personnelle. Pour moi, un parti politique n’est pas une secte, ni une église. Je me suis toujours senti libre de partir quand je le voudrais. En effet, je considère que la discipline du parti ne doit pas être au-dessus de ma conscience. Lorsque je ne suis plus, je ne suis plus. Si c’est bon, je le dis. Si ce n’est pas bon, je le dis avec autant d’aisance. Donc, que je participe ou pas au congrès ne changera rien. Le Pr. Kombila a les moyens de faire basculer la ligne du parti dans le sens qu’il veut. Il a d’ailleurs introduit récemment le vote censitaire au sein du parti, en disant que les militants qui n’ont pas d’argent ne peuvent être candidats à rien, qu’ils n’ont qu’à aller s’asseoir. Il a le droit d’être dans la majorité et les gogos qui paniquent devant sa fonction et qui en espèrent des prébendes ont le droit le plus démocratique de le suivre. Je n’aurai donc aucune réaction particulière, car il y a longtemps que je ne me fais plus d’illusion sur la volonté du Gabonais de faire progresser notre pays.

 - Je ne sais pas.

- Il faut poser la question au premier secrétaire. Pour ma part, j’ai organisé la première fronde contre l’imposture de Mba Abessole qui a abouti à la scission. Là-dessus, j’ai déjà donné. S’il faut déclencher une scission chaque fois qu’un leader devient un dealer politique, on n’en finira jamais.

 - Non.

- Ne faisons pas semblant d’ignorer comment le pays marche. Le procès qui avait opposé Kombila et Mba n’a jamais connu d’aboutissement, car, de manière délibérée, le litige n’a pas été jugé sur le fond, à savoir la violation manifeste, par Mba, des statuts et règlement intérieur du parti sans lesquels il n’aurait pas été légalisé. Après mon agression par les mbaïstes, j’ai déposé une plainte, en citant nommément les noms de mes agresseurs et de leur commanditaire. Personne n’a été inquiété. Le dossier a été classé sans suite. Cela ne m’empêche pas de dire bonjour à mes bourreaux lorsque je les rencontre, ce sans animosité.

Si, aujourd’hui, j’injuriais Mba Abessole, cela choquerait tout le monde et votre journal serait suspendu par le CNC. Vous qui publieriez cette injure, pourriez même vous retrouver en prison. Mais qu’il ordonne l’assassinat d’un militant de son propre parti, ça ne choque personne. Pas même la justice. Donc, comme je l’ai dit au début de cet entretien, nous faisons tout à la gabonaise: nous proclamons être un État de droit. Mais n’ayez jamais affaire à un ministre d’État ou à un charismatique opposant de service. Vous n’auriez aucune chance.

Vous imaginez un procès opposant Kombila, ministre d’État, première personnalité politique de la Nyanga, à Essima Ossé, retraité d’Ebomane, petit village de Minvoul?

La Françafrique préside l’Union Africaine décembre 16 2008

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Chronique publiée dans Echos du Nord et le site de Publiez ce
que vous payez Gabon
pwypgabon.org le 15 mai 2008

L’ultralibéralisme  triomphant ayant transformé la terre en un immense marché de dupes, tous les pays du monde se battent pour dominer les autres ou pour survivre à la loi féroce du Grand capital. Incongrûment pour Sarkozy et paradoxalement pour Omar Bongo, le destin du Gabon se perpétue comme le dernier bastion, inexpugnable, de la Françafrique. De fait, le nouveau président de la Commission de l’Union africaine est… Nicolas Sarkozy, logé dans le cheval de Troie gabonais.

Dans le nouvel ordre mondial qui a suivi la fin de la Guerre froide, les puissants imposent toujours plus leur puissance, au moyen de technologies de plus en plus sophistiquées pour communiquer et accéder aux marchés du monde entier en un clic de souris, ainsi que de lois du marché de plus en plus iniques imposées par des structures non démocratiques, au service de la haute finance internationale (OMC, FMI…)

Le 3è millénaire a donc commencé avec une nouvelle guerre de type darwinien. Du tyrannosaure américain au mammouth européen, du vélociraptor asiatique au brontosaure africain, toute la création lutte: le prédateur pour dominer et les proies pour leur survie. Il est loin, le temps des idéologies, celui des conservateurs qui voulaient que «tout change pour que rien ne change», des progressistes qui prônaient que tout le monde change pour que le monde change, des utopistes qui avaient foi en un monde meilleur et plus juste, des anarchistes qui voulaient repenser les pouvoirs et des nihilistes qui espéraient tout changer pour que tout change.

Tout change donc dans notre quotidien. On glose énormément sur les révolutions technologiques, mais la plus importante de ces dernières décennies est la hot money, l’argent virtuel. Nous vivons désormais dans un prétendu village planétaire où les seules frontières qui doivent désormais subsister et se renforcer sont celles qui doivent mettre fin aux migrations économiques, politiques et écologiques vers les pays riches. Le terme «frontière» s’applique désormais aux seuls humains, d’où la profusion de murs (aux Etats-Unis, à la frontière mexicaine, à Bagdad, en Palestine, aux portes africaines de l’Europe…) A l’inverse, les pays riches imposent la suppression des barrières douanières, tarifaires et financières chez les plus faibles, en pratiquant un protectionnisme déguisé sous la forme de subventions, de normes sanitaires et de divers autres artifices. La définition communiste de l’«impérialisme, stade suprême du capitalisme» est ringardée par une mondialisation, stade suprême de l’impérialisme. Et le désespoir des plus faibles les amène, pour survivre, à adopter de nouvelles formes de luttes: constitution de zones d’intérêts, revendications de la société civile, guerres asymétriques de toutes sortes. Les producteurs de banane camerounais, de coton malien ou burkinabè, de cacao ivoirien, de médicaments indiens, de nombreuses personnalités politiques d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Asie, des associations ont compris que si le monde a changé, ce n’est pas quant au fond, mais dans l’intensité de sa férocité.

Le secrétaire d’Etat Jean-Marie Bockel a, récemment, affirmé la nécessité d’en finir avec la Françafrique. Dans Le Monde, il a affirmé que «la rupture [promise par le candidat Sarkozy avec la Françafrique] tarde à venir. Il y a encore trop de rentes de situation, trop d’intermédiaires sans utilité claire, trop de réseaux parallèles pour permettre un partenariat assaini, décomplexé, d’égal à égal. La “Françafrique” est moribonde. Je veux signer son acte de décès. Il ne s’agit pas de faire la morale, mais d’aider au développement. Or, à cause de défauts de gouvernance dans certains pays, notre politique de coopération, malgré de multiples réalisations, ne permet pas des progrès à la hauteur des efforts consentis.»

Les pouvoirs français nous ont habitués à ce genre de déclarations. Lorsqu’on pense à l’autodétermination de De Gaulle, à «l’Afrique aux Africains» de Giscard et au discours de La Baule de Mitterrand, force est de constater que le pouvoir gabonais est à bonne école: effet d’annonce et… flop! De fait, la déclaration du renégat socialiste revendiquant la rupture s’inscrit, elle-même, dans la continuité. J’ai déjà dit ici que la vision de la Françafrique varie, chez Sarkozy, selon qu’il se trouve à Paris, à Dakar ou à Libreville.

Qui n’est pas resté perplexe devant la fracture qui a existé entre son discours de Dakar et celui de Libreville? Alors qu’au Sénégal, pays d’immigration, l’adresse à la jeunesse, perçue comme injurieusement moralisatrice et post-colonialiste par nombre d’entre nous, consistait, entre les lignes, à dire aux Africains que la France ne veut plus être le paradis, qu’elle aussi a des problèmes et que les Africains doivent rester chez eux pour résoudre eux-mêmes les leurs, moyennant, au besoin, une assistance de la «métropole» (s’adressant à ses compatriotes à Dakar, il a employé ce terme qui s’utilisait par opposition aux territoires français d’Outre-mer pendant la colonisation!) Dans sa diatribe de Dakar, le président français a dénoncé, entre autres, la mauvaise gouvernance et ce qu’il considère comme un immobilisme viscéral des Africains, incapables de concevoir la moindre forme de progrès, handicapés mentalement par la recherche d’un paradis précolonial perdu ainsi que par les poussiéreuses et rétrogrades références à la tradition.

A Libreville, rien sur la mentalité africaine, rien sur la mauvaise gouvernance. Au contraire, quelques jours après avoir accepté de réduire de 20% la dette bilatérale de cet ancien «émirat d’Afrique centrale» réputé pour sa rente de situation pétrolière et son PNB/h qui rend extraordinaire son incapacité à sortir du sous-développement, le président français a renoué avec la posture de l’avocat pour trouver «injuste» que le Gabon soit considéré comme un pays à revenu intermédiaire. Il est vrai qu’il a reconnu que notre pays ne constitue pas un danger pour l’immigration en France.
La politique africaine de Nicolas Sarkozy, en réalité, tourne uniquement autour du problème crucial de l’immigration. N’a-t-il pas, aussi bien à Dakar qu’à Libreville, affirmé qu’il ne voyait absolument aucun mal à ce que l’Afrique francophone multiplie ses partenaires économiques? Il développait cette opinion pour asseoir l’idée que le pré-carré français, avec lui, c’est fini, car il prône désormais un «partenariat» avec les anciennes colonies qui, pourvu qu’elles retiennent leurs ressortissants, sont libres de traiter avec qui elles veulent.
«Trop d’intermédiaires sans utilité claire, trop de réseaux parallèles pour permettre un partenariat assaini», dites-vous? Alors pourquoi, bien avant qu’il soit président de la République, Sarkozy était-il le visiteur le plus assidu d’Omar Bongo à chaque passage, même privé de ce dernier à Paris? Pascaline Bongo était-elle militante de l’UMP pour assister, au premier rang, à la cérémonie d’investiture du candidat Sarkozy?

Si le paternalisme n’est plus aussi apparent, si le contexte international a changé, si le monde d’aujourd’hui n’est plus le monde de De Gaulle, si le concept de Françafrique est rageusement fustigé à Paris, il n’en demeure pas moins que, quel que soit son bord politique, l’Etat français perpétue les relations privilégiées, toujours fortement personnalisées, avec les pays africains que sont censés incarner leurs dirigeants. Sarkozy est conscient que les réseaux franco-gabonais tissés dans certaines loges maçonniques affairistes et dans la corruption sont loin d’être des réseaux dormants. Ni De Gaulle, Pompidou et Giscard (dont les services spéciaux maîtrisaient toute la Françafrique sauf le Gabon où Elf et les «forestiers» étaient les seuls maîtres à bord), ni Mitterrand, ni Chirac n’ont osé cette bonne blague que proclame le secrétaire d’Etat français à la coopération.

Par ailleurs, plus que jamais, le Gabon est une plateforme stratégique de la Défense française: évacuations des ressortissants français lors des rébellions successives en RCA et au Tchad, programme Récamp, élections en RDC, …

Certes, Sarkozy, qui ne gouverne qu’avec la com, fera quelque chose. Mais si rupture il y a, ce ne sera pas dans le fond, mais dans le style.

S’il reste donc un seul pré-carré, ce sera le Gabon. Jean-Ping est le nouveau patron de l’Union africaine? Cette organisation sera donc, de fait, présidée par Omar Bongo. Donc par Nicolas Sarkozy.


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