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2OO8 sera l’année d’une véritable révolution populaire décembre 26 2008

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Point de vue publié dans Echos du Nord,  janvier 2008

Isis

Photo: S@m

Et voici le gouvernement nouveau. Comme le Beaujolais nouveau, il est toujours nouveau. Pourtant, c’est toujours le même Beaujolais, à quelque tanin près. Mais en fait de Beaujolais, notre gouvernement est aussi gouleyant qu’un petit Mabwéla, ce flacon qui prétend contenir du vin mais qui ne tient pas sa promesse. Notre gouvernement est au progrès ce que le petit Mabwéla est à l’œnologie.Comme à chaque épisode, le mauvais feuilleton des 40 ans de règne d’Omar Bongo est sous-titré. «Mission» (Cf Rambo), tel est l’éponyme de cette nouvelle fiction. Toutefois, ce navet gouvernemental est plus sérieux qu’il n’y paraît: comme la télé le fait des téléspectateurs, il a fait des Gabonais un peuple avachi, veule et autiste. S’il respectait véritablement le peuple, le régime changerait notre devise. Au lieu du caduc Union-Travail-Justice, il serait pertinent qu’il inscrive sur nos armoiries «On va encore faire comment? Le pays est géré!». Le syndrome de Stockholm court toujours: les Gabonais se sont épris de ceux qui les tiennent en otage et ils font tout pour ne plus s’en libérer.

En s’appliquant méthodiquement à faire régresser notre pays, en multipliant des slogans et en le harcelant de fausses promesses quotidiennes et uniquement incantatoires, les gouvernements successifs n’ont qu’un objectif : pousser les Gabonais à bout. Comme pour mesurer le degré d’indolence du peuple et son refus de prendre ses responsabilités devant l’Histoire.

J’ai dit un jour à un ami ministre que je voyais très bien leur jeu : ils bénéficient des privilèges du pouvoir, alors qu’en coulisse, ils le vomissent autant que le commun des Gabonais qui attend qu’un messie sorte de la cuisse de Jupiter. C’est pourquoi, sans prendre de risque, et de manière insidieuse, ils le sabordent de l’intérieur. Particulièrement en auréolant, autour d’Omar Bongo, l’icône surexposée d’un demi-dieu. C’est ainsi qu’à la RTG1, à tous les journaux télévisés, le Gabonais est harcelé de 45 minutes de lutte contre la pauvreté, d’actes pour le Gabon, de paix, de développement, de haute sagesse du «président-de-la-République-chef-de-l’Etat-président-fondateur-du-Parti-Démocratique-Gabonais». Ce, tous les jours, tous les jours, tous les jours! Depuis 40 ans! «Vous avez fabriqué un petit Kim Il Sung des tropiques!», avais-je conclu, en m’adressant à cet ami ministre qui feignait de n’avoir pas entendu.

Quelles missions ?

S’il voulait amorcer le progrès du Gabon, le gouvernement qui a réduit le nombre de ministres d’Etats sans se donner aucun ministre d’actions, devrait s’imposer les missions suivantes, considérant que les faits sont toujours contraires à ses déclarations:

-     arrêter urgemment de lutter contre la pauvreté;

-     détruire les routes, en particulier la seule voie d’accès à l’intérieur du pays, devenue un parcours du combattant (on peut y parcourir 3 kilomètres en 3 heures) et continuer de refaire chaque année uniquement les boulevards qu’emprunte le président de la République;

-     rendre définitivement inopérant notre système sanitaire;

-    saboter tout le système éducatif et supprimer les bourses d’études des plus pauvres;

-     réduire le pouvoir d’achat des Gabonais en augmentant encore le SMIG, mais en augmentant encore plus le prix des biens de consommation courante ;

-     mettre en prison ceux qui refusent de pratiquer les détournements de fonds et toute forme de corruption et adopter une loi portant impunité des crimes économiques ;

-    intensifier la géopolitique, anti-républicaine, qui développe le repli ethnique, favorise objectivement certaines provinces et certaines ethnies afin de créer des tensions explosives lorsque l’unique dénominateur commun ne pourra ou ne voudra plus remplir sa fonction;

-    dépenser encore plus de milliards pour les pagnes et les groupes d’animation qui sont l’investissement prioritaire des fêtes tournantes ;

-    continuer de faire semblant de croire au Nepad ;

-   faire confiance à l’OMC sans savoir pourquoi et s’y lancer à corps perdu comme si nous avions quelque chose à y gagner;

-   faire semblant d’ignorer à quel point, à l’échelle mondiale, les impérialistes du Milieu sont impitoyables et peu fiables en affaires et oublier que le palais Léon Mba (Assemblée nationale), qui est à reconstruire et la toute nouvelle salle polyvalente de Franceville qui s’est pulvérisée toute seule prouvent que, même dans le bâtiment, les Chinois ne produisent que de la pacotille;

-    s’entêter à livrer Bélinga et tout le pays au péril jaune, dans le même esprit que les roitelets de village qui ont favorisé la pénétration coloniale pour quelques bibelots et de la verroterie;

-     continuer d’entretenir des relations personnelles, voire familiales, avec Nicolas Sarkozy dont la vision de la Françafrique varie selon qu’il est à Paris, à Dakar ou à Libreville;

-    appuyer le CNC dans la « régulation» sans pitié de tous ceux qui usent de leur liberté d’expression en assimilant, délibérément, la dénonciation à l’outrage, le trouble de l’ordre établi au trouble de l’ordre public;

-    continuer de mettre en prison, les dangereux diviseurs qui, par voie de presse, se battent pour la liberté de juger l’action du gouvernement et qui commettent le crime de lui proposer une autre vision pour ce pays en régression constante;

-   réprimer sévèrement ceux qui sont convaincus qu’il n’y a pas de progrès possible lorsque tout un pays considère un seul homme comme le seul et unique principe politique;

-    ne tolérer l’intrusion des religions, des associations et des ONG dans la politique que lorsqu’elles soutiennent Bongo;

-    continuer de faire croire que les Gabonais sont fiers d’avoir le plus ancien chef d’Etat en exercice au monde, pendant que tous les autres peuples ont honte à notre place;

-    au fur et à mesure que l’unanimité s’établit sur l’appauvrissement galopant du plus grand nombre, encourager une infime minorité à narguer le peuple, dans sa galère de taxis, en exhibant des Mercedes, des Hummer, des Lexus, des Chrysler 300 (voitures de fonction de chacun des 9 conseillers du CNC, à 39 900 000 F l’unité), des Land Cruiser VX, des BMW et autres Volvo qu’aucun salaire normal ne peut acheter en si grande quantité et à une telle fréquence.

Certes, je parle du gouvernement. Ce qui pourrait faire penser que je ménage le président de la République. Hé bien, non. Le fait est que le gouvernement, comme toutes nos institutions, ne travaille pas pour le peuple. Il travaille pour une seule et unique entité. La seule qui se vante d’être le seul capable de «faire d’un chien un ministre»: le chef de l’exécutif, du législatif mal élu par une infime minorité de non abstentionnistes, du judiciaire, des armées, de l’administration, de la majorité, de l’opposition, de la presse, des syndicats, des cercles discrets ou secrets, des religieux, des ONG, des associations, des artistes, des jeunes, des Gabonais d’adoption (comme Léon Mba désignait les étrangers), des chefs d’Etats africains, des contre-pouvoirs, des hommes d’affaires, des travailleurs, des chômeurs, des riches, des pauvres, des handicapés, des sportifs, des malades, des chanteurs (toujours heureux d’avoir reçu verbalement 1 milliard), des nganga, des professions médicales, de l’élite intellectuelle, des ouvriers, des enseignants, des agriculteurs, des chercheurs, des banquiers, des fonctionnaires, des commerçants, des bureaucrates, des techniciens, des étudiants, des lycéens, des élèves, des PME, PMI et TPE, du BTP, des transporteurs, des barmen, des journalistes auto censeurs de la RTG1, des mal élus locaux, bref, de tout ce et ceux dont il a, un jour, annoncé la disparition de la carte dès qu’il ne sera plus au pouvoir.

C’est pourquoi j’ai dit plus haut que le gouvernement est plus sérieux qu’il n’y paraît. Une observation simple et un petit effort de mémoire nous permettent de comprendre le mal du Gabon: on nous prépare un après-Bongo cataclysmique.

En 40 ans, les Gabonais n’auront pas appris à respecter les lois; les institutions n’auront pas appris à fonctionner correctement; à force de fraudes électorales, le peuple souverain vomit le seul véritable instrument de sa souveraineté directe: l’urne; la géopolitique a balkanisé le pays et cloisonné les ethnies; le clientélisme politique a développé l’opportunisme. L’absence d’institutions solides exacerbe la guerre de succession; la course à l’enrichissement personnel illicite a neutralisé la conscience patriotique et le culte de la personnalité annihilé l’édification d’une nation reposant sur une conscience collective: le seul consensus national au Gabon est… Omar Bongo Ondimba. C’est pourquoi on nous rebat les oreilles avec la paix, alors que notre pays n’a jamais connu de guerre. Il s’agit, à l’heure du déluge programmé, de nous faire regretter les 40 ans de paix d’Omar Bongo. C’est dans ce sens que le chef de l’Etat lui-même, dans ses discours les plus récents, incite les Gabonais à la révolte. Voyons le schéma: le dénominateur commun parti ou empêché (d’une manière ou d’une autre), que restera-t-il du Gabon ? Une bombe à retardement.

Et bien demain, lorsque Bongo ne sera plus, les 40 ans de frustrations, d’injustice sociale, de favoritisme, d’opportunisme et de pillage vont exploser. L’objectif sera atteint: on cherchera le Gabon sur une carte et on regrettera la paix. Mais demain n’est pas si loin. Un peu d’attention permet d’observer que dans les quartiers, dans les villages, se prépare ce que nous attendons depuis trop longtemps: 2008 sera l’année d’une véritable révolution populaire.

 Grégory Ngbwa Mintsa

3 janvier 2008


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