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Bongo est honnête décembre 26 2008

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Point de vue Publié dans Echos du Nord, décembre 2007

Faire de l’opposition systématique est bête et antipatriotique. Il faut savoir être objectif: le président Bongo, dans son discours à la Nation, nous a montré qu’il est un grand homme. En effet, il faut une grande profondeur d’esprit, beaucoup de courage politique et d’honnêteté intellectuelle pour reconnaître solennellement, dans un discours à la Nation, l’échec total de ses quarante ans de règne. Cette autocritique acerbe est à la fois historique et emblématique.

Historique, car elle nous fait découvrir un chef d’Etat enfin lucide à qui il aura fallu 40 ans pour entendre ce que nous lui répétons depuis tant d’années. Dans un long lamento, atteignant des sommets de lyrisme, il nous a adressé un grave mea culpa: « la détresse des plus vulnérables de nos citoyens me parvient chaque jour. Je sais que le coût de la vie et le chômage sont devenus pour beaucoup de Gabonais une hantise de tous les instants (…) que l’état de notre réseau routier, de nos infrastructures sanitaires et scolaires, de nos moyens de transports publics » laisse fort à désirer. Et de s’interroger sur ce qu’il a fait d’Air Gabon, d’Africa N°1 et d’autres entreprises qui étaient de rares sujets de fierté nationale jusqu’à ce qu’elles soient purement et simplement sabordées. Et de reconnaître enfin officiellement qu’il a laissé se développer une caste de corrompus et de prévaricateurs dans les plus hautes sphères de l’Etat, coupables quotidiennement de crimes économiques, au sacrifice du plus grand nombre.

Je suis personnellement soulagé de constater que le président Bongo a enfin ouvert les yeux sur tout ce que nous dénonçons depuis des décennies sans être entendus. Mais la gaboniaiserie veut que, exactement les mêmes propos, dits par les aigris, extrémistes, jaloux, déviants, revanchards, terroristes, va-t-en-guerres, bellicistes, diviseurs, affamés envieux qui composent la farouche-opposition-radicale- qui-veut-mettre-le-pays-à-feu-et-à-sang-et-tuer-la-paix-si-chèrement-acquise-sous-la-haute-sagesse-de-Son-Excellence-le-président-de-la-République-Chef-de-l’Etat, les mêmes propos, donc, repris point par point par le Grand sage doyen des chefs d’Etats africains deviennent soudain intelligence, lumière, vision, vérité, lucidité, clairvoyance, discernement, intellection, profondeur, sagacité, haute sagesse.

Et c’est là que ce discours à la nation est emblématique. Emblématique de ce que j’ai déjà déploré dans vos colonnes (Echos du Nord n°31), à savoir le fait que l’élite gabonaise joue sur les travers de la tradition orale. Au Gabon, tout est fait dès lors que tout est dit. Verbalement. C’est tellement vrai que ce discours intervient deux ans après le début du mandat marqué oralement sous le signe des «actes pour le Gabon» et un battage médiatique promettant que demain serait meilleur qu’aujourd’hui, que le meilleur est à venir, que nous ferons de la lutte contre la pauvreté notre première préoccupation et qu’enfin, vous allez voir comme nous avons changé.

L’autocritique du président de la République se passe de commentaire. Les pédégistes devraient suivre la voie tracée par le Lider maximo, Grand Timonier: désormais, ils savent que l’heure est aux bilans, à la remise en question afin de commencer à servir le peuple gabonais et d’arrêter de déifier un citoyen en le plaçant comme le début et la fin de leur action ou, plus précisément, de leurs privilèges. On peut donc rêver qu’on ne verra plus, désormais, un éminent historien africain, Elikia Mbokolo créer sur RFI et la RTG, une nouvelle branche de l’histoire contemporaine exclusivement gabonaise, la bongagiographie.

On pourrait espérer qu’en revanche, des experts seront commis pour trouver des solutions aux problèmes du pays.

Malheureusement, on est en droit de craindre que ce discours s’inscrive encore, de manière emblématique, dans la culture du bongoïsme et le mode opératoire des gouvernements gabonais successifs depuis 40 ans: effets d’annonce et procrastination (remettre au lendemain, puis au lendemain, puis au lendemain ce qu’on peut faire aujourd’hui) Cf «Demain un jour nouveau» dans les années 70, «Demain sera meilleur qu’aujourd’hui» au milieu des années 2000.

Un nouveau gouvernement est annoncé ? Les Gabonais font semblant de l’attendre impatiemment et jouent à se faire peur en se demandant qui sautera. Mais au fond d’eux-mêmes, ils savent très bien que les mêmes seront reconduits. Aucun espoir qu’il y ait du sang neuf, puisque le président de la République affirme ne réserver aux jeunes que des installations sportives et des loisirs, pourvu qu’ils ne se penchent pas sur les vrais défis qu’ils devront relever demain. Il est vrai que la jeunesse gabonaise, qui n’aspire qu’à succéder à l’élite corrompue, est une des rares au monde qui ne s’interroge pas sur ce qu’elle sera dans cinq, dix, vingt, vingt-cinq ans. Lorsque, par exemple, après avoir exploité Bélinga, les Chinois, bien qu’ils n’aient pas payé d’impôt ni de taxe pendant 25 ans, bien qu’ils aient dévasté toute la forêt qu’ils ont jugé nécessaire de détruire, bien qu’ils aient une priorité sur tous les autres minerais qu’ils pourront trouver sur leur passage, bien qu’ils aient détruit l’environnement sous la couverture exclusive de l’Etat gabonais, bien qu’ils aient fait du Gabon une province de la Chine après nous avoir envahis, les Chinois, donc, pourtant détenteurs de 75 à 90% de Bélinga, décréteront unilatéralement que le gisement n’est pas rentable après 25 ans d’exploitation intensive et exclusive. L’Etat gabonais, selon les accords, devra leur payer des compensations dont la valeur sera définie par les Asiates eux-mêmes. Que restera-t-il alors à notre jeunesse insouciante ?

Si je pouvais me permettre de donner un conseil à notre président, je lui dirais de consacrer les quatre ou cinq mandats qui lui restent à ouvrir grandes les portes de la postérité en laissant l’héritage d’un règne qui, désormais, sera le contraire de celui qu’il a décrit et décrié pour son quarantième anniversaire.

Et que cela commence par la publication libre de cet article que le Conseil National de la Communication, grand garant de la liberté d’expression et d’opinion inscrite dans la Constitution, va chercher à condamner.

Il devra d’abord sanctionner la publication du discours à la Nation, autrement plus virulent que ce point de vue, pour avoir vilipendé les quarante ans de règne d’El Hadj Omar Bongo Ondimba aussi outrageusement.


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