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Lettre ouverte au président de la République française février 25 2010

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Cette lettre ouverte adressée par Marc Ona et moi au président de la République française, a été déposée à l”ambassade de France au Gabon le 23 février 2010, la veille de l’arrivée de Nicolas Sarkozy au Gabon.

LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Monsieur le président,
Dans la perspective de votre arrivée, le gouvernement gabonais s’applique à maquiller Libreville. Ce ravalement de façade qui est à l’image des relations entre nos pays et qui nous rappelle la tournée de Charles de Gaulle en Afrique Équatoriale Française, vient rappeler aux Gabonais qui l’avaient oublié, que l’Empire est toujours vivace.
Monsieur le président,
L’intelligence politique qui vous a porté au pouvoir est reconnue de tous. Cependant, il nous est très sincèrement difficile de comprendre que vous perpétuiez les mêmes relations France-Gabon depuis que Boüet-Willaumez s’est emparé de nos terres et de nos richesses contre bibelots, colifichets et verroteries déversées aux pieds d’un roitelet qui n’était que le chef d’un des petits villages côtiers du vaste territoire que vous nous avez ravis et qui, au demeurant, ne comprenait rien de ce qu’il signait.
Comme les premiers «explorateurs», tous les chefs d’État français ont pillé nos richesses moyennant des babioles et des amusettes solennellement livrées à nos potentats.
Vous, Monsieur Nicolas Sarkozy, en vous engageant solennellement à rompre avec la nature des relations entre la France et l’Afrique, avez démontré que vous êtes dans la plus pure tradition néocoloniale.
En effet, Charles De Gaulle n’avait-il pas proclamé l’autodétermination et l’Indépendance, tout en chargeant Jacques Foccart, Elf, les forestiers, Léon Mba et Bongo de s’appliquer à œuvrer pour le contraire de ce qu’il prônait?
Valéry Giscard d’Estaing n’a-t-il pas déclamé un «l’Afrique aux Africains», tout en pillant les colonies, en encourageant l’émergence de rois nègres, jusqu’à participer à l’intronisation de l’Empereur Bokassa pour téléporter, ensuite, son veule successeur David Dacko, sans demander l’avis des Centrafricains?
François Mitterrand, auréolé de l’image progressiste du socialiste, n’a-t-il pas évité soigneusement de concrétiser les espoirs suscités par son «discours historique» de La Baule?
Jacques Chirac n’a-t-il pas entretenu des relations personnelles avec vos vassaux, tellement dociles qu’il n’a pas hésité à injurier la conscience africaine en qualifiant Gnassingbé Eyadéma de «brave type», dans la plus pure tradition condescendante et paternaliste?
Et vous, Monsieur le Président, feriez-vous l’injure à la conscience nationale gabonaise de prétendre que les relations France-Gabon unissent le peuple gabonais et le peuple français? Si vous nous faites l’outrage de le prétendre, alors expliquez-nous ce que faisait Pascaline Bongo, directeur de cabinet de notre président, au congrès UMP qui vous a investi à la candidature à la présidence de la République ! Dites-nous combien d’autres pays «amis» ont envoyé des délégations, même officieuses, au congrès d’un parti politique français ! Couverts par vos «accords», vous n’hésiteriez pas à faire massacrer les Gabonais s’ils s’en prenaient aux Bongo dont la résidence se confond avec votre base militaire, la seule, de toute la Françafrique, pour cette raison, que vous ne fermerez jamais.
Monsieur le président de la République,
Comme vos prédécesseurs, vous continuez à maintenir à la tête de notre pays, des traitres à la Nation dont aucun Gabonais sincère ne veut plus depuis des décennies. Nous comprenons que, pour vous, les intérêts de vos amis de la bourgeoisie d’affaires français sont autrement supérieurs à la vie et au destin de tout le peuple gabonais. C’est pourquoi, dans le sillage de tous vos déplacements, vous emportez toujours la vermine avec vous, VRP d’Areva, de Bolloré, de Total et autres esclavagistes infâmes, appuyés par la gouaille de Bernard Kouchner. Entre deux de vos hyperactivités médiatiques obsessionnelles, avez-vous pris le temps de vous demander comment un Gabonais pouvait ressentir le fait de se voir donner des leçons par ce Docteur Justice qui nous a volé près de deux milliards de francs pour une expertise révolutionnaire qui, parce que nous sommes un peuple de benêts, nous a appris ce que nous ignorions : que notre système sanitaire est malade et que l’Etat doit assurer la santé à chaque Gabonais ?
Mais si les Gabonais sont malades, Monsieur le Président, si notre espérance de vie régresse (alors que la progression de celle des Français est la meilleure au monde), c’est parce que la dette que vous nous accordez généreusement pour nous «aider» à nous développer finit invariablement dans les paradis fiscaux -dont vous êtes pourtant le grand pourfendeur-, dans l’acquisition d’hôtels particuliers dans les quartiers chics de Paris et sur la Côte d’Azur, dans l’achat de voitures de prestige et de gadgets coruscants, dans les mallettes d’argent que distribue le 52, Avenue Foch, dans le financement de vos partis politiques et de vos campagnes électorales.
Vous fermez les yeux sur ces crimes économiques, car ils vous profitent. Ils ont, par exemple, permis à Areva de faire de notre pays le théâtre d’une tragédie sourde, et de nos peuples, des morts-vivants. C’est, en effet, au sacrifice de toute la ville irradiée de Mounana que vous ferez d’Areva, le numéro un mondial du nucléaire. Avec Areva, vous perpétuez l’esclavage assassin du Chemin de fer Congo-Océan.
Monsieur le président de la République,
Maître d’œuvre et imperator de la Françafrique, vous êtes à la tête d’une association de malfaiteurs. C’est pourquoi vous avez pesé de tout votre poids pour faire avorter la plainte Biens Mal Acquis destinée à restituer aux Gabonais le patrimoine public détourné par le défunt président gabonais dont vous étiez le visiteur le plus assidu de toute la classe politique française. Vous avez d’autant désamorcé cette plainte que le chef d’accusation de détournements de fonds publics s’achevait par «complicités».
Seriez-vous capable de nous dire quelle différence il y aurait entre la troupe qui massacre un village ou des manifestants dans un stade, et vous, et vos vassaux qui, en vous appropriant les moyens devant permettre à un peuple entier de naître, de vivre, de grandir, de s’éduquer, de se soigner, de travailler, d’aimer, êtes responsables de la mort d’au moins un Gabonais par jour, à l’échelle d’un mandat présidentiel renouvelable à vie ? Nos morts ne sont pas spectaculaires, certes, car elles ne sont pas couvertes par la plupart de vos médias qui, comme vous, considèrent que la famine, les guerres tribales, l’économie de la cueillette, la boulimie de jouissances sont des valeurs cardinales et naturelles du bon sauvage, ce grand enfant à qui on ne saurait confier le destin d’une nation.
En privilégiant l’intérêt des milieux affairistes par rapport à la vie et à l’avenir des Gabonais, la Françafrique est coupable de crime contre l’humanité.
En réduisant les relations France-Gabon aux relations d’affaires et de palais, vous prenez la responsabilité d’opposer deux peuples qui, sans vos forfaits, n’auraient aucune raison de se haïr.
Monsieur le président,
Le cinquantenaire que vos factotums s’apprêtent à célébrer est, pour nous, un moment de deuil.
Nous venons donc, ici, vous informer que ce jour, par cette lettre ouverte, nous signons solennellement l’acte de décès de la Françafrique au Gabon.
Il est donc superfétatoire, Monsieur le Président, de vous dire que votre ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, votre secrétaire d’Etat aux colonies, Alain Joyandet et votre ami Robert Bourgi sont désormais indésirables au Gabon et que vous n’êtes pas le bienvenu.

Grégory Ngbwa Mintsa, partie civile dans la plainte Biens Mal Acquis et Marc Ona Essangui, Prix Goldmann 2009


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