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Forum des Indignés du Gabon – témoignage d’un manifestant juin 19 2012

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Par Sherpa | Publié : 13 juin 2012

Le 8 juin, les forces de l’ordre ont appréhendé de nombreux manifestants regroupés au sein d’une coalition, le Front des Indignés du Gabon. Ils voulaient organiser un contre forum, en marge du New York Forum Africa organisé par Richard Attias, malgré l’interdiction du Ministre de l’Intérieur.

42 activistes ont été conduits à la base des Forces de Police d’Intervention, et d’autres à l’Unité Spéciale d’Intervention où ils ont subi menaces, injures et brutalités. Je suis Grégory Ngbwa Mintsa, Prix de l’Intégrité Transparence International 2009-2010, porte-parole du front j’affirme que les indignés ont délibérément décidé de tenir leur forum, malgré l’interdiction du gouvernement, car notre autorisation est constitutionnelle : les libertés d’opinion, d’expression et d’association sont inaliénables et nous ne supportons plus qu’un citoyen comme nous les aliène, soit-il ministre ou président de la République.

Les Indignés du Gabon affirment avoir saisi l’occasion de cette grande opération de communication d’Ali Bongo et de Richard Attias qui nous fait l’outrage d’affirmer que « le Gabon est un business model ». Le scepticisme des indignés du Gabon repose notamment sur la crédibilité de ce forum organisé entre les dirigeants et les hommes d’affaires, à l’exclusion des peuples, sachant que leur président est concerné dans l’affaire des Biens Mal Acquis et qu’une enquête du Sénat américain aurait mis à jour de nombreuses opérations de blanchiment d’argent par le défunt Omar Bongo, par son successeur et fils, et par des membres de leur entourage.

Le Gabon, qui est un pays riche, n’aurait pas besoin d’investisseurs si l’argent de l’Etat restait dans les caisses de l’Etat. Je suis révolté par le fait que l’on invite des people à venir réfléchir sur  le Gabon et l’Afrique alors que nos aspirations les plus légitimes, notre vision de notre propre pays et de son destin ne trouvent de réponses que policières. D’ailleurs, je défie quiconque de montrer une de ces grands messes sur l’avenir de l’Afrique qui ait abouti à quelque chose. Ce n’est pas à la faveur d’une conférence que la dynastie patrimonicide gabonaise va devenir exemplaire. Il ne suffit pas que le grand capital roule nos rois nègres dans la farine pour qu’ils soient blanchis.

Le Gabon connaît de nombreuses tensions sociales depuis la prise de pouvoir par Ali Bongo. Dans un climat ultra-sécuritaire, des étudiants en grève depuis des mois sont régulièrement gardés à vue, voire déférés à la prison centrale de Libreville. La presse indépendante est suspendue au moindre article déplaisant. La moindre suspicion de contestation est sanctionnée par une révocation ou une suppression de salaire.

Les gabonais acceptent d’autant moins les suppressions de bourses et de salaires que la présidente de la Cour Constitutionnelle est propriétaire de l’immeuble que loue l’institution qu’elle dirige pour 4 millions de FCFA (8 000 US $) par mois, que le président de l’Assemblée Nationale a géré un budget de 10 milliards de FCFA (50 millions US $ entre 2008 et 2011 pour la construction d’un bâtiment dont on n’a pas encore donné les premiers coups de pioches), que le président Ali Bongo se déplace quotidiennement en Bentley, que son épouse et des membres de sa famille puissent, chaque année, dépenser individuellement 1 million d’euros en bijoux et haute couture. Alors que dans certaines écoles, dans des classes contenant jusqu’à cent élèves dont la plupart sont assis par terre, aucune nouvelle salle de classe n’a été construite depuis son accession au pouvoir, en 2009.

Grégory Ngbwa Mintsa,

Militant anti-corruption gabonais, il s’est constitué partie-civile dans l’affaire des Biens Mal Acquis en 2008.


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