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Ngbwa Mintsa explique le «Forum des indignés du Gabon» juin 19 2012

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Publié par François Ndjimbi dans  gabonreview.com,  le 12 juin 2012 à 23 h 07 min

Grégory Ngbwa Mintsa, Prix de l’Intégrité Transparence International 2009-2010 et membre de la société civile gabonaise, était le porte-parole du «Front des indignés du Gabon» qui, à travers le «Forum des indignés du Gabon», a tenté une contre-manifestation au New-York Forum Africa. Il brosse ici les contours de cette opération qui, somme toute, a fait du bruit.

En quoi donc consistait le forum des indignés ?
Comme son nom l’indique le forum consistait à exprimer notre indignation devant un certain nombre de dysfonctionnements, devant des cas plutôt généralisés d’injustice sociale. Le New-York Forum Africa a été l’occasion de regrouper ces revendications au sein d’un contre-forum.

Organisé dans l’enceinte d’un collège, avec les seuls militants de quelques organisations non gouvernementales en accointance totale, quelle répercussion en attendiez-vous ?
Je pense très franchement que notre contre-forum n’était pas très opérant. Il n’aurait pas eu l’écho d’un contre-sommet altermondialiste tel qu’on les connait. Mais, je dois vous rappeler qu’avant la tenue du forum nous avons adressé une lettre ouverte aux invités dans laquelle nous leur indiquions que nous, Gabonais, contestions la tenue du New-York Africa Forum . Parce que, estimons-nous, personne ne peut faire le Gabon à notre place, personne ne peut penser le Gabon à notre place, personne ne peut imaginer notre avenir à notre place et donc, nous sommes profondément choqués et humiliés de ce que nos propositions soient systématiquement rejetées et perçues comme de la subversion et qu’on aille chercher des Américains, des Indiens, des gens venus d’Alaska ou de Papouasie pour venir tracer le destin de notre Gabon ou, plus largement, de notre Afrique. C’est, à la base, une question de fierté nationale.

Nous avons dit aux invités du New-York Forum Africa que nous allions exprimer notre condamnation de ce forum, qu’ils venaient ici pour cautionner un Etat militaro-policier et, parce que l’expression n’est pas libre au Gabon, parce que les marches pacifiques sont interdites au Gabon depuis l’arrivée au pouvoir d’Ali Bongo, nous savions que notre manifestation serait réprimée par les forces de coercition. Nous avons donc posé à ces invités la question : de quel côté serez-vous, de celui des oppresseurs ou de celui du peuple opprimé ?

En réalité, notre objectif était de montrer à ces gens la nature profonde de notre système politique. Et ce système a confirmé ce que nous avions dénoncé par avance. Il n’a pas pu s’empêcher de le faire. Donc, pour nous, c’est une grande victoire et la tenue même du contre-forum en lui-même me paraît secondaire, par rapport au réflexe de notre système militaro-policier.

Vous annonciez une télé-intervention de l’homme politique français, député européen et leader du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, qu’en est-il advenu ?
Il y a eu, naturellement, un contretemps puisque nos assises ont été perturbées. Ce dont je suis très sûr, c’est qu’au siège de Brainforest où on devait recenser tout le dispositif, la connexion Internet  a été coupée, comme par hasard, durant les deux jours qui précédaient notre manifestation.

Dans l’après-midi du 9 juin, après votre libération, vous avez tenu une conférence de presse. Quelle en était la substance ?
Nous avons rétabli les faits tels qu’ils s’étaient déroulés durant cette journée. Je peux vous lire quelques extraits du propos liminaire : afin de justifier ces pratiques d’un autre âge, le ministre de l’Intérieur s’est fendu d’un communiqué qui prétend justifier l’arrestation de Marc Ona par le prétexte grotesque que, de son fauteuil roulant, il aurait lancé des cailloux aux paisibles représentants de l’ordre. Certains de ces policiers auraient été grièvement blessés et conduits à l’hôpital. Inutile de s’attarder sur ce gag…

Cet énième épisode de l’histoire des répressions et de la coercition dans notre pays pose véritablement un problème de fond quant à la lecture de notre constitution et à la conception du pouvoir de ceux qui le détiennent actuellement. Notre loi fondamentale consacre la liberté d’opinion, la liberté d’expression et la liberté d’association comme des droits fondamentaux inaliénables. Dès lors, considérer que nous ne pouvons jouir de ces droits que selon le bon vouloir d’un citoyen comme nous, fut-il ministre, relève d’une conception absolument stalinienne de la démocratie.

En ce qui nous concerne, nous estimons que le rôle du ministère de l’Intérieur est d’assurer la sécurité des citoyens que nous sommes, dans la jouissance de nos droits et libertés individuels et collectifs. Il ne saurait, en aucun cas, être question, désormais, de nous en priver en assimilant délibérément le trouble de l’ordre établi au trouble de l’ordre public. Par conséquent, le Front des Indignés du Gabon, résolument déterminé à se réapproprier sa souveraineté et à faire respecter sa dignité, affirme solennellement qu’il continuera son combat par tous les moyens nécessaires, quoiqu’il nous en coûte.

Forum des Indignés du Gabon – témoignage d’un manifestant juin 19 2012

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Par Sherpa | Publié : 13 juin 2012

Le 8 juin, les forces de l’ordre ont appréhendé de nombreux manifestants regroupés au sein d’une coalition, le Front des Indignés du Gabon. Ils voulaient organiser un contre forum, en marge du New York Forum Africa organisé par Richard Attias, malgré l’interdiction du Ministre de l’Intérieur.

42 activistes ont été conduits à la base des Forces de Police d’Intervention, et d’autres à l’Unité Spéciale d’Intervention où ils ont subi menaces, injures et brutalités. Je suis Grégory Ngbwa Mintsa, Prix de l’Intégrité Transparence International 2009-2010, porte-parole du front j’affirme que les indignés ont délibérément décidé de tenir leur forum, malgré l’interdiction du gouvernement, car notre autorisation est constitutionnelle : les libertés d’opinion, d’expression et d’association sont inaliénables et nous ne supportons plus qu’un citoyen comme nous les aliène, soit-il ministre ou président de la République.

Les Indignés du Gabon affirment avoir saisi l’occasion de cette grande opération de communication d’Ali Bongo et de Richard Attias qui nous fait l’outrage d’affirmer que « le Gabon est un business model ». Le scepticisme des indignés du Gabon repose notamment sur la crédibilité de ce forum organisé entre les dirigeants et les hommes d’affaires, à l’exclusion des peuples, sachant que leur président est concerné dans l’affaire des Biens Mal Acquis et qu’une enquête du Sénat américain aurait mis à jour de nombreuses opérations de blanchiment d’argent par le défunt Omar Bongo, par son successeur et fils, et par des membres de leur entourage.

Le Gabon, qui est un pays riche, n’aurait pas besoin d’investisseurs si l’argent de l’Etat restait dans les caisses de l’Etat. Je suis révolté par le fait que l’on invite des people à venir réfléchir sur  le Gabon et l’Afrique alors que nos aspirations les plus légitimes, notre vision de notre propre pays et de son destin ne trouvent de réponses que policières. D’ailleurs, je défie quiconque de montrer une de ces grands messes sur l’avenir de l’Afrique qui ait abouti à quelque chose. Ce n’est pas à la faveur d’une conférence que la dynastie patrimonicide gabonaise va devenir exemplaire. Il ne suffit pas que le grand capital roule nos rois nègres dans la farine pour qu’ils soient blanchis.

Le Gabon connaît de nombreuses tensions sociales depuis la prise de pouvoir par Ali Bongo. Dans un climat ultra-sécuritaire, des étudiants en grève depuis des mois sont régulièrement gardés à vue, voire déférés à la prison centrale de Libreville. La presse indépendante est suspendue au moindre article déplaisant. La moindre suspicion de contestation est sanctionnée par une révocation ou une suppression de salaire.

Les gabonais acceptent d’autant moins les suppressions de bourses et de salaires que la présidente de la Cour Constitutionnelle est propriétaire de l’immeuble que loue l’institution qu’elle dirige pour 4 millions de FCFA (8 000 US $) par mois, que le président de l’Assemblée Nationale a géré un budget de 10 milliards de FCFA (50 millions US $ entre 2008 et 2011 pour la construction d’un bâtiment dont on n’a pas encore donné les premiers coups de pioches), que le président Ali Bongo se déplace quotidiennement en Bentley, que son épouse et des membres de sa famille puissent, chaque année, dépenser individuellement 1 million d’euros en bijoux et haute couture. Alors que dans certaines écoles, dans des classes contenant jusqu’à cent élèves dont la plupart sont assis par terre, aucune nouvelle salle de classe n’a été construite depuis son accession au pouvoir, en 2009.

Grégory Ngbwa Mintsa,

Militant anti-corruption gabonais, il s’est constitué partie-civile dans l’affaire des Biens Mal Acquis en 2008.

Lettre ouverte aux invités du New York Africa Forum juin 18 2012

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Mesdames et Messieurs,

Reconnus pour votre génie, pour l’éthique que vous défendez au point de les incarner, pour votre engagement, pour vos efforts et vos sacrifices en vue de mettre en application des valeurs pour laisser à la postérité un monde meilleur, vous avez été invités à participer au New York Forum Africa. Selon Richard Attias, l’organisateur de ce forum, « Le Gabon a un business model unique et que je pense sincèrement gagnant. Sa stabilité politique et économique en fait une terre d’accueil idéale. »

Mesdames et Messieurs,

Ce business model unique, les Gabonais n’en veulent plus. Le prétexte de la Guerre froide pour maintenir des rois nègres au pouvoir afin d’assurer la « stabilité » pour les réseaux d’affairistes n’est plus d’actualité. Ne sont également plus de notre temps l’esprit et la lettre de la récente réforme constitutionnelle qui renforce les pouvoirs du président d’un état militaro-policier en lui octroyant l’exclusivité des prérogatives en matière de sécurité et de défense, et, par conséquent, la souveraineté absolue dans la définition du concept éculé de « trouble de l’ordre public » ou de « respect des institutions ». Ainsi, depuis l’accession d’Ali Bongo au pouvoir, les marches pacifiques sont interdites, car elles troublent l’ordre public ; la presse indépendante et toute forme de contestation sont régulièrement sanctionnées pour tentative de déstabilisation de l’Etat. Lorsque, par ailleurs, le rapport de la Cour des comptes est classé top secret dans notre dernier bastion de la Françafrique, le doute n’est plus permis sur la nature de cet Etat. Ce modèle économique, les Gabonais n’en veulent pas.

Depuis plus de cinquante ans, les organismes et la communauté internationaux protègent un clan patrimonicide, contre les intérêts du peuple gabonais. C’est pourquoi, des patriotes issus de tous les corps sociaux se sont rassemblés au sein du Front des Indignés, afin de se réapproprier leur souveraineté et faire valoir leur aspiration à jouir de leurs droits et libertés fondamentaux. Cette revendication, nous sommes déterminés à l’exprimer en marge de l’opération de communication que sera le New York Forum Africa.

Lorsque les forces de répression et de coercition nous frapperont, de quel côté serez-vous ? Du côté de la famille qui dirige notre pays depuis 45 ans, au point de considérer que l’Etat, c’est elle, ou du côté de ceux qui aspirent à un État démocratique, avec la faiblesse de croire que l’alternance au pouvoir en est un élément fondamental en ce qu’elle renouvelle les idées en évitant de patrimonialiser le bien public et de le léguer en héritage à des successeurs désignés ?

De quel côté serez-vous ? Serez-vous du côté du Président de l’Assemblée Nationale qui ne peut justifier les plus de 10 milliards de Francs (20 millions de US $) d’argent public dépensés pour la construction de l’annexe de l’Assemblée nationale dont il n’y a de trace nulle part ou serez-vous du côté de l’étudiant sorti de prison pour avoir revendiqué la construction de salles de cours, la dotation en matériel didactique et pour avoir protesté contre la limite d’âge des bourses d’Etudes en plein milieu d’année ?

Qui soutiendrez-vous ? Les forces spéciales antiterroristes ou leur cible du corps médical coupable de revendiquer de meilleurs équipements pour soigner les malades qui meurent quotidiennement, sous leurs yeux, de maladies bénignes, alors que les dirigeants politiques se donnent les moyens d’aller se soigner à l’étranger, leur cynisme les poussant à préférer mourir à grand frais dans de prestigieux hôpitaux à l’étranger que dans les mouroirs plébéiens des centres de santé publics ?

De quel côté serez-vous ? Serez-vous avec les forces spéciales d’intervention ou avec les centaines de fonctionnaires dont les salaires sont supprimés depuis des années pour délit d’opinion ?

De quel côté serez-vous ? Serez-vous avec l’oligarchie qui, depuis des mois, pour blanchir l’argent détourné qui devait servir à alimenter les quartiers de Libreville en eau, exproprie les pauvres citoyens de leur terre pour bâtir leur empire immobilier, ou du coté de ceux qui se battent au prix de leur vie pour défendre la terre de leurs ancêtres ?

De quel côté serez-vous ? Serez-vous aux côtés de ceux qui transforment les terres agricoles des pauvres paysans en plantations d’hévéa et de palmier à huile ou au côté des paysans qui revendiquent le droit à la terre?

Cet énième forum, véritable opération de communication d’un pouvoir oppressif, coutera encore aux contribuables gabonais des sommes faramineuses qui auraient pu servir à améliorer les infrastructures de l’université de Libreville. Serez-vous dans le camp des gendarmes qui violent régulièrement les franchises universitaires pour y effectuer des ratonnades ou du côté des étudiants, déterminés à aller jusqu’au bout de leurs revendications légitimes ?

Les intellectuels que vous êtes défendront-ils des causes ou leurs honoraires ? Mesdames et Messieurs les économistes, défendrez-vous les affaires conditionnées pour une stabilité par la matraque ou défendrez-vous le respect des droits de notre peuple, gage d’une stabilité durable et sereine ? Les Nobel défendront-ils une éthique ou légitimeront-ils un pouvoir corrompu poursuivi, en France dans l’Affaire des Bien Mal Acquis et dont une enquête du Sénat des États-Unis a clairement mis à jour les activités de blanchiment d’argent ?

Votre notoriété a fait de vous des modèles pour l’humanité. Libre à vous de brouiller cette prestigieuse image en affichant une proximité avec des régimes dictatoriaux.

Fait à Libreville, le 28 mai 2012

Bongo, l’argent et moi juin 16 2009

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Les invités de Mediapart  -  16 Juin 2009

Intellectuel, journaliste et figure de la société civile gabonaise opposée au régime d’Omar Bongo, mort le 8 juin, Grégory Ngbwa Mintsa livre son analyse sur la situation du Gabon à l’heure des batailles de succession. Grégory Ngbwa Mintsa est notamment l’un des artisans d’une plainte pour “détournement de fonds publics” dans l’affaire dite des “biens mal acquis” qui vise les avoirs colossaux en France de plusieurs chefs d’Etat africains et de leur entourage, dont celui d’Omar Bongo. Sa constitution de partie civile dans le dossier, en tant que contribuable gabonais, a récemment été jugée irrecevable par la justice française.

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Lorsqu’Albert-Bernard Bongo a été coopté pour être le plus jeune président du monde, en 1967, j’avais 10 ans et ma grand-mère vivait encore. Omar Bongo Ondimba, devenu le plus ancien de tous les chefs d’Etats du monde, décède alors que son mandat devait expirer l’année de ma retraite et que mes petits-enfants vont déjà à l’école. Je ne me joindrai donc pas aux politiciens et aux médias amnésiques qui respectent le rituel de la canonisation post-mortem. Je me garde tout autant de tirer sur le corbillard. Mais l’apparente sérénité qui semble régner dans le pays cache une situation extrêmement préoccupante qui rend vaine toute tentative de prévoir ce qui va se passer au Gabon dans les jours et les mois qui viennent.

Omar Bongo, en près de quarante-deux ans de pouvoir, a assuré la paix et fait du Gabon un exemple de stabilité dans le macrocosme complexe et tendu de la Françafrique dont il a été le pilier, sinon le dernier soubassement. Certes. Mais à quel prix?

Depuis son accession au pouvoir en 1967, le mandat perpétuel d’Omar Bongo a reposé sur un seul et unique fondement: l’argent.

Si, en 49 ans d’indépendance dont 42 ans au pouvoir, il n’a laissé que 900 kilomètres de routes bitumées dont les principales ont été entièrement financées par l’Union Européenne; si notre pays tropical est très loin d’assurer son autosuffisance alimentaire, alors que la végétation est si incontrôlable et si envahissante que l’herbe profite de la moindre faille dans le bitume ou sur une dalle de béton armé pour pousser; si notre plateau sanitaire est tel que tomber malade relève du luxe, si le système éducatif est un peu plus régressif chaque année; si le Gabon est un des pays les plus chers du monde, c’est parce que nos ressources, que l’on peut qualifier d’immenses au regard de notre petit million et demi d’habitants, n’ont servi qu’à une cause: la pérennisation d’un pouvoir.

Celle-ci s’est faite par le clientélisme, l’achat des consciences, le financement de réseaux d’affaires, l’achat d’articles hagiographiques dans la presse (vous verrez bientôt quelques prestigieux journaux négropolitains mettre la clé sous la porte), le financement de partis politiques et de candidats à des élections français, l’achat du respect des chefs d’Etats africains (les exceptions sont rares), la médiation des conflits (montée en briques craquantes et jamais trébuchantes, couverte en tuiles ou en ardoises allégeantes), l’interminable dot que, souvent à son insu, il n’a cessé de payer à son beau-père Denis Sassou Nguesso, via la voracité macroCFAge de l’inexpliquablement regrettée Edith Sassou Nguesso.

La dernière Première Dame du Gabon roulait en Maybach et en Bugatti de 1,1 million d’euros pour avoir accumulé une fortune colossale au compte et au nom d’Omar Bongo, son mari, et au bénéfice de Sassou Nguesso, son père. C’est le cas du fameux immeuble du 4, rue de la Baume, à Paris, vendu plus de 18 millions d’euros au couple Bongo par une société immobilière appartenant aux Sassou Nguesso et aux enfants mineurs de Bongo et Edith, à l’insu de Bongo qui n’était même pas au courant que la maison dont il ignorait qu’il était le propriétaire, a été, par acte notarié, donnée gracieusement à… Sassou Nguesso (La Lettre du continent du 12 février et Bakchich.info du 12 mai 2009).

Pendant ce temps, des enfants continuent de mourir chaque jour au Gabon, car leurs parents n’ont pas pu rassembler les 3 euros qui auraient permis de les sauver du paludisme.

Pendant ce temps, les seules mesures d’urgence qui ont répondu aux (pacifiques) émeutiers de la faim ont été la matraque et le gaz lacrymogène.

Pendant ce temps, alors que les autres pays se battent pour dominer le monde ou pour survivre, le Gabon va de régression en régression. C’est pour toutes ces raisons et bien d’autres que j’ai pris la responsabilité de me porter partie civile. En prenant cette décision, je m’inscrivais dans la droite ligne de Transparence dont le seul objectif est la restitution des Bien Mal Acquis (BMA). Mais, contrairement à la décision de la Doyenne des Juges d’instructions qui, certes était purement juridique, mon intérêt à agir, en tant que citoyen, était des plus fondés.

Il s’agissait d’amener M. Bongo, de son plein gré, à procéder à la restitution des BMA à laquelle il ne semblait pas défavorable, a priori (lors du seul entretien que j’ai eu avec lui, il a sévèrement reproché au ministre de l’Intérieur de me faire pression pour que je retire ma plainte, en concluant «je ne reconnais que deux biens immobiliers et deux comptes bancaires. Que la justice fasse son travail. Et chacun rendra des comptes.»

Cela a eu pour effet d’encourager les faucons et les vautours de son entourage de s’échiner à m’empêcher de créer un précédent qui aurait fini par s’étendre à eux. Dans ses deux derniers discours de nouvel an, le président de la République s’en était pris violemment à son entourage et à son gouvernement qui ne font rien pour le pays et ne pensent qu’à s’enrichir. Il semble que c’est à la fin de son règne qu’Omar Bongo a voulu se ressaisir et s’amender. Mais il était trop tard. Il était un Frankenstein qui avait créé un monstre qu’il ne maîtrisait plus. Mais il l’avait créé.

Mon intérêt à agir était patriotique et citoyen: il était impératif que nos centaines de milliards de Francs détournés soient rapatriés et servent au mieux-vivre des Gabonais et de leurs enfants. J’étais révolté par les pays riches qui accueillent et gèlent l’argent du développement des pays pauvres et posent hypocritement le problème de l’immigration.

C’est ainsi que j’ai fini par percevoir La rupture avec la Françafrique comme l’immigration choisie des fonds détournés et la restitution des indésirables réfugiés économiques. La restitution des BMA avant que la plainte prospère était donc une nécessité impérieuse, car il faut le rappeler, les procédures de restitution peuvent être très longues. Celle des avoirs Marcos a duré 17 ans. Les 6 milliards de dollars de Mobutu mort en 1997, en laissant au Zaïre une dette extérieure de 13 milliards de dollars ne sont pas restitués. Et, pire, la France qui est le premier pays du G8 à avoir signé la Convention de Mérida, est le seul qui n’a procédé à aucune restitution.

Je ne pense pas que la légalité constitutionnelle, à elle seule, pourra répondre à toutes ces problématiques. Les politiciens et les médias, boulimiques de factuel, s’arrêtent trop sur le formalisme qui prend vite le pas sur le fond. La légalité constitutionnelle, à elle seule, ne garantit pas la tenue des élections dans les 30 à 45 jours suivant l’investiture du président par intérim. Surtout lorsqu’un deuil de 30 jours a été décrété. La seule légalité constitutionnelle ne va pas insuffler aux Gabonais le respect du scrutin dans un pays qui n’a jamais organisé une seule élection transparente et où la fraude est tellement devenue la norme que tous les votes de ces dix dernières années se sont soldés par des taux d’abstention atteignant 85% dans certaines circonscriptions. Au point que les élus, pour se donner une légitimité, ont du réviser le code électoral pour adopter le scrutin à un tour, à la majorité relative!

Ainsi, notre Assemblée nationale regorge de «représentants du peuple» crédités frauduleusement de moins de 15% des moins de 30% de suffrages exprimés.

La légalité constitutionnelle, à elle seule, ne pourra pas effacer les 40 ans de représentation ethno-régionaliste et clientéliste au gouvernement qui ont abouti à un repli ethnique institutionnalisé de fait par une compétition effrénée pour occuper tel ou tel strapontin et jouir des prébendes les plus ostentatoires. Elle ne pourra pas obérer une grave revendication déjà exprimée ouvertement en présence même du dénominateur commun, à maintes reprises: l’alternance ethnique aux postes-clés.

Elle ne pourra pas convaincre les oligarques et la famille présidentielle que quelque chose a changé et qu’il est temps qu’ils commencent à respecter la plèbe qui aspire à un changement radical, à la fois des choix et des personnalités politiques. Or, aujourd’hui, à peine dans l’ombre, se joue une tragédie bantu dans laquelle les diadoques et les choreutes veulent chausser les cothurnes du satrape françafricain.

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Des centaines de milliers de Gabonais investissent le palais présidentiel pour rendre un dernier hommage à Omar Bongo.

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Enfin, ce qui est peut-être le plus compliqué et qui défie tout pronostic sur l’avenir immédiat du pays, la seule légalité constitutionnelle ne va pas, du jour au lendemain, donner de nouveaux repères aux Gabonais orphelins de leur dénominateur commun, de leur seul crédo, du seul principe politique qu’ils aient connu et qui s’est éteint le 8 juin.

Descartes légalise Bruno Ben Moubamba avril 12 2009

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Bruno Ben Moubamaba

«Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée». Je me suis toujours dit que Descartes, ayant fait abstraction de tout l’obscurantisme en vigueur autour de son poêle, a du disjoncter ferme en écrivant cela. En plus, il réfugiait son dégammage sous le prétexte de rechercher la Vérité. Lorsque j’ai lu Le discours pour la première fois, je me suis dit que, décidément, les Blancs sont fous. Mais, en observant l’actualité gabonaise récente, je me rends compte que, finalement, Descartes n’était pas aussi allumé qu’il y paraissait.

Peu avant le deuil national, la RTG, chaîne publique de propagande radio et télé, est entrée en grève. C’est plutôt surprenant, lorsqu’on sait avec quelle autocensure zélée les journalistes et les animateurs de la RTG1 anamorphosent le paysage audiovisuel gabonais avec un palimpseste quadragénaire de paradigmes bongolâtres. Mais la surprise n’est pas là. Comme le veut la loi, les grévistes ont prévu un service minimum. Le plus pétrifiant est cette voix atterrée et consternante qui annonçait, toutes les demi-heures: «notre service minimum sera un flash d’informations de cinq à quinze minutes qui couvrira uniquement les activités du président de la République, celles du premier ministre et celles des deux chambres du Parlement.» Contre qui, alors, s’appliquent ces sévices minimums? Tous les décideurs qui la prolétarisent et la tiennent en laisse étant couverts, le bon sens est obligé de conclure que la RTG s’est mise en grève pour faire pression et protester contre… les auditeurs et les téléspectateurs.

Depuis l’année dernière, les tensions sociales fusent de toutes parts: Education nationale, Fonction publique, Santé publique, Sécurité sociale, universités (UOB et USTM), militaires retraités, médias publics… Si le gouvernement tenait véritablement à la paix sociale et au bien-vivre des Gabonais, le bon sens voudrait qu’il apporte les bonnes réponses aux problèmes des compatriotes. En 2003, l’élite, jamais avare de son génie, a appliqué une idée d’une logique effarante, qui fait encore rire le reste du monde: la trêve sociale. Pour la première fois, dans l’histoire de l’Humanité, dans «un sursaut patriotique» et sous prétexte de mauvaise conjoncture économique, toutes les associations et tous les syndicats se sont engagés à cesser, pendant trois ans, de défendre les intérêts de ceux qui, justement, cotisent pour. Ça peut paraître désopilant, à première oreille, mais ce n’est que bon sens: le meilleur moyen d’en finir avec les revendications sociales est de demander aux revendicateurs de ne plus rien revendiquer. Sauf qu’au terme des trois ans, les problèmes mis en hibernation se sont réveillés pour faire des petits. Les politologues pourraient appeler ça le printemps de Libreville.

Toutefois, cette recette a fait ses preuves. La trêve sociale fait désormais partie de la culture des Gabonais, notre bon peuple qui, c’est bien connu, champion du monde du «respect de l’autorité de l’Etat», est «épris de paix». La semaine dernière, à partir de cabinets ministériels ou autres, on a remis ça: «les revendications sont légitimes, mais, compte tenu du contexte, à savoir la crise financière mondiale et le deuil qui frappe la nation tout entière, il est nécessaire de faire un effort à l’endroit du chef de l’Etat, en observant une période d’accalmie de trente mois». L’intelligent est que cette initiative associe, à la majorité, des syndicats qui ne sont pas en grève et qui ont, pour la plupart, déjà signé, moyennant la «motivation» sonnante et trébuchante habituelle.

On peut faire remarquer, tout d’abord, que le mode de gouvernance appliqué dans notre pays donne lieu à une «période difficile» permanente. Autant, donc, demander aux syndicats de s’auto-dissoudre et pénaliser toute forme de revendication. On pourrait, par exemple, inscrire dans la Constitution qu’une revendication ou une dissidence sous-tend, de fait, une volonté de «déstabiliser l’Etat». Au moins, La paranoïa répressive actuelle y gagnerait-elle un contour légal.

Ensuite, on relève que, paradoxalement, à moins que ceci explique cela, les «périodes difficiles» n’ont, à aucun moment, ralenti l’accumulation des biens mal acquis. Au contraire. En fait, on demande aux Gabonais de «faire des efforts», on appelle, une fois de plus, à un «sursaut patriotique», pour éviter une inflation des plus hauts revenus de l’Etat. Pas question, non plus, de réduire le taux de croissance des biens mal acquis.

Enfin, en mettant en avant la permanence de l’Etat, est-il déplacé d’estimer que les aspirations des Gabonais ne s’adressent pas à M. Omar Bongo Ondimba dont on comprend bien la douleur de celui qui vient de perdre son épouse, mais qu’ils s’adressent à l’Etat?

 Marc, Bruno, Georges

Marc Ona Essangui, Bruno Ben Moubamba et Georges Mpaga

 Les 28 et 29 décembre 2008, Marc Ona Essangui, Georges Mpaga, Gaston Asseko, l’adjudant Poaty et moi sommes arrêtés après une perquisition à nos domiciles et à nos bureaux, en présence de spartiates munis de Famas, de Magnum 357 et autres jouets pas moins sympathiques. Notre crime? Nous sommes accusés de détenir une lettre ouverte au président de la République rédigée par un compatriote, Bruno Ben Moubamba, qui vit en France. En décembre 2008, il avait l’intention de la publier dans la presse gabonaise. Mais une rédaction a vendu l’info au ministre de l’Intérieur qui a fait semblant de rechercher l’auteur activement (Bruno est rentré en France en toute légalité, après s’être présenté à la police de l’air et des frontières de l’aéroport de Libreville qui l’a laissé sortir sans problème). Mais André Mba Obame, le ministre de l’Intérieur, a profité de cette occasion pour me guantanamiser (en prison, pas de livres, pas de journaux, pas de montre, pas de radio, pas de télé, salaire suspendu jusqu’à ce jour, pas de café moulu, pas de soins médicaux et, pire, pas de Coca!) suite à ma constitution de partie civile dans la plainte BMA. Faisant d’une pierre deux coups, il en profité pour embastiller des leaders de la société civile militant pour la bonne gouvernance.

Le samedi 4 avril 2009, Bruno Ben Moubamba organise un congrès à Reims. Le même Etat qui nous a incarcérés pour détention de sa lettre signe un ordre de mission à de hautes personnalités, dont l’ancienne ministre Christiane Bitougat et le démiurge des campagnes électorales du PDG, le Très Saint Prophète pasteur Mike Jocktane, tous deux directeurs de cabinet du président de la République, ainsi qu’un de ses conseillers spéciaux, pour qu’ils participent au congrès du dangereux déstabilisateur de l’Etat. Ils y ont  participé activement, Christiane se faisant même un point d’honneur (?) d’y mettre une ambiance délirante, en suscitant les huées de centaines de congressistes, représentants de nombreux pays et de quelques chefs d’Etats.

Là, l’équation est très compliquée: l’Etat emprisonne et poursuit des Gabonais en justice pour détention de la lettre de Bruno Ben, mais le même Etat envoie des représentants aux manifestations politiques du même Bruno Ben. Un peu comme si, après avoir déporté tous les détenteurs de l’Ancien Testament, Himmler, Goering et Goebbels allaient, le samedi, représenter Hitler dans les synagogues; comme si George W. Bush envoyait à Guantanamo tous ceux qui ont vu Ben Laden et Saddam Hussein à la télé et qu’il envoyait Condolezza Rice et Paul Wolfowitz le représenter à un congrès du Baas et à une AG de Al Qaeda.

Cette reconnaissance officielle de Bruno Ben Moubamba légalise, de fait, sa lettre ouverte et dépénalise, du même fait, toutes les charges qui courent toujours contre Bruno et nous cinq et qui y sont liées.

Descartes n’était pas fou. Le bon sens est effectivement la chose du monde la mieux partagée. C’est moitié-moitié entre ceux qui en ont et ceux qui n’en ont pas.


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