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“Déstabiliser un pouvoir inique est un devoir patriotique” février 16 2009

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Interview publiée dans Echos du Nord n° 38 du mardi 10 février 2009

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Photo: S@m

- D’abord que l’on ne peut pas déstabiliser une démocratie. Donc, le Gabon n’est pas une démocratie. Vous imaginez un coup d’État aux États-Unis, en France, ou en Afrique du Sud? Ce n’est pas possible. On ne peut déstabiliser qu’une entité dont les fondements sont superficiels et les équilibres précaires. C’est ma première réflexion.
La seconde est qu’on ne peut parler de déstabilisation d’un État que lorsque l’État fait corps avec un seul individu. Dans ce cas, il s’agit d’une dictature, d’un système dans lequel tous les mécanismes culturels, économiques et sociaux n’ont pour corolaire qu’un individu et son entourage le plus immédiat. Comme ici, comme dans les dictatures communistes, comme en Corée du Nord. Comme au Zaïre de Mobutu ou en Ouganda d’Idi Amin Dada.
Dans une démocratie normale, le rôle normal d’une opposition est de déstabiliser un système de valeurs pour le remplacer par un autre qu’on considère comme meilleur pour la nation. De fait, dans une démocratie normale, ses adversaires harcèlent quotidiennement celui qui est au pouvoir. Mais cela ne déstabilise pas l’Etat pour autant. L’affaire du Watergate a déstabilisé Richard Nixon au point de le pousser à la démission; l’affaire Monica Lewinsky a déstabilisé Bill Clinton. L’affaire des diamants de Bokassa a déstabilisé Giscard d’Estaing, la révélation de son passé vichyste a déstabilisé Mitterrand; les emplois fictifs de la Mairie de Paris ont déstabilisé Chirac; les révélations des frasques du couple Cécilia-Nicolas ont déstabilisé Sarkozy; l’affaire des pots de vin et du viol ont déstabilisé Jacob Zuma et l’ANC au pouvoir; l’affaire du SAC a déstabilisé le gaullisme; l’attentat du colonel von Stauffenberg a déstabilisé Hitler. Mais à aucun moment de ces épisodes, les états états-unien, français, sud-africain ou allemand n’ont été déstabilisés. Car ils fonctionnaient sur un système viable, produit éprouvé d’un consensus collectif dans un environnement spécifique. Même les groupes armés les plus structurés, qui sèment l’horreur et la terreur dans le public, n’ont jamais pu venir à bout des pouvoirs centraux, et encore moins des pouvoirs centralisés: l’IRA n’a jamais déstabilisé les gouvernements britanniques successifs; l’ETA n’a déstabilisé aucun gouvernement espagnol; les Brigades rouges et la loge P2 n’ont jamais déstabilisé l’Etat italien; Action directe, les indépendantistes corses, bretons, antillais ou kanak n’ont jamais déstabilisé l’Etat français; la Bande à Baader n’a jamais déstabilisé la chancellerie allemande; ni le Ku Klux Klan, ni les intellectuels et artistes accusés de communisme pourchassés par Mac Carty, ni les assassins de Kennedy, ni Al Qaeda, ni les faucons de G. W. Bush n’ont jamais déstabilisé les Etats-Unis d’Amérique; les Farc n’ont jamais déstabilisé l’Etat colombien; les Tigres Tamoul n’ont jamais déstabilisé l’Etat Sri Lankais; les dissidents, souvent soutenus par le bloc occidental, n’ont jamais déstabilisé aucun Etat du bloc de l’Est, ni avant, ni pendant, ni après la Guerre froide. Marc Ona et moi devons, à nous deux, être des miracles de l’Histoire pour déstabiliser un Etat.

- Mettre qui en prison?

- Qui? Moi?

- Il faut être complètement idiot pour penser que Nicolas Sarkozy mettra son maître en prison. Vous ne le savez peut-être pas, mais Bongo est le modèle de Sarkozy. La première personne à qui Le président français fraîchement élu a téléphoné, c’est Bongo. Pour le remercier de ses “conseils”. Il applique d’ailleurs exactement la même politique que notre président: récupérer les figures les plus emblématiques de l’opposition (Jack Lang, Bernard Kouchner, Jacques Attali, Eric Besson, Dominique Strauss Kahn, Jean Marie Bockel, Jacques Séguéla, Max Gallo…) pour semer un désarroi profond dans les rangs de l’adversaire. C’est une tactique qui a fait ses preuves au Gabon. C’est Omar qui a donné le tuyau à Sarkozy. Et puis, tout le monde sait que notre président a l’appui de toute la classe politique française qu’il a abondamment arrosée. Bongo n’ira jamais en prison en France. Si un Gabonais doit aller en prison, c’est ici. Mais en tant que président, il jouit d’une immunité à vie.

- C’est qui, ceux-là?

- Je m’insurge depuis des années contre le rôle néfaste de l’élite intellectuelle qui utilise un français académique pour dire des conneries que le Gabonais gobe sans jamais prendre de recul. Je ne sais pas s’il faut rire ou pleurer de ces inepties. Rendez-vous compte que moi, Ngbwa Mintsa, je suis, du jour au lendemain, devenu le suppot de la Françafrique qui nuis aux intérêts du Gabon! Moi! C’est ça, le pays. Ici, nous fêtons en grande pompe les quarante ans de pouvoir d’Omar Bongo pendant que le reste du monde a honte à notre place. Le monde entier reconnaît Omar Bongo et le Gabon comme la figure emblématique et le bastion inexpugnable de la Françafrique, le défenseur le plus sûr des intérêts français en Afrique. Mais au Gabon, c’est celui qui s’érige contre cette Françafrique pour défendre les intérêts du pays qu’on accuse d’être manipulé par la France. Ca, c’est trop fort!
André Mba Obame sait très bien que la France n’est pas le Gabon. En France, tout ne tourne pas autour de Yaya Sarko. En France, il y a une opposition solide, structurée et bien implantée. En France, il y a une opinion, des opinions. En France, les médias d’Etat ne sont pas la RTG1. En France, le citoyen français ne raisonne pas en termes de “on va encore faire comment?” En France, il y a des contribuables qui n’acceptent pas que leurs impôts prélevés et versés au chapitre de l’aide publique au développement contribuent à enrichir les dictateurs qui financent les partis politiques français et poussent les Africains à l’immigration. En France, il y a des gens qui s’intéressent à la marche du monde et à la condition humaine. En France, il y a aussi des politiciens véreux et des avocats pourris, qui aident nos politiciens à tuer notre pays.

- Mba Obame cherche à diaboliser Transparency International et Sherpa. Cet histrion parle même de Survie alors que cette association n’est pas partie prenante dans la dernière plainte BMA (Biens mal acquis).
Pour ceux qui ne le savent pas, Sherpa défend les Gabonais mieux que le gouvernement. Cette association qui me “manipule” a gagné un procès contre Aréva dont l’activité a entraîné des conséquences néfastes sur la santé des habitants de Mounana. Qu’a fait le Gabon dans ce sens? Rien. Au contraire, au début de ce mois, Areva a été reçu par le président de la République pour reprendre ses activités. Conclusion: il faut déstabiliser la Françafrique.
Lorsqu’il tentait encore fraternellement de me convaincre de retirer ma plainte, Mba Obame parlait de son “collègue” Nicolas sarkozy. Collègue? “Mais oui, nous avons été ministres de l’Intérieur en même temps“. Il se vantait également d’avoir des relations très personnelles avec Bernard Kouchner à qui il a confié l’expertise du dossier de l’assurance maladie universelle. Malgré le fait qu’il avait réalisé une étude en faveur de Total et de la junte birmane, j’avais du mal à croire que l’héroïque et médiatique french doctor pouvait être l’ami d’un tel faquin.
Deux études ont été contractées par BK Conseil, le cabinet de Kouchner, qui les a refilées à ses deux partenaires, Eric Danon et Jacques Baudoin, via les sociétés Imeda, Africa Steps et Danomex. Lorsque je sais que le gouvernement a payé ces deux études sur le système médical gabonais 2 646 388 euros, soit 1,735 916 870 milliard de F Cfa et que je l’entends dire aux Gabonais qu’il ne peut pas satisfaire leurs revendications pourtant reconnues légitimes à cause de la crise financière, ça me révolte! Et, vu la permanence de ce genre de scandale néo-colonial, tout Gabonais qui aime son pays a le devoir de réagir. Dans cette perspective, déstabiliser un pouvoir inique est un devoir patriotique.

Enfin, Comme l’a dit Marc Ona un jour, Mba Obame veut appliquer les recettes de Machiavel, sauf que Machiavel n’avait pas l’Internet. Il exploite une disposition de notre code pénal complètement surannée pour tenter de nous soumettre. Mais je préfèrerais passer ma vie en prison ou mourir qu’être un “Mba Obame boys”. Lorsque ce faquin m’a harcelé quotidiennement pour que je retire ma plainte contre le président de la République en échange du poste de mon choix , j’ai été profondément vexé. Moi, Ngbwa Mintsa, être le factotum d’un larbin!

- Lesquels?

- C’est qui l’Etat gabonais? Je n’ai pas porté plainte contre l’Etat. Je me suis porté partie civile contre le président de la République à cause du patrimoine mobilier et immobilier que continue d’accumuler sa famille en France, alors que la misère des Gabonais s’accroît de jour en jour. Et je le lui ai dit. Il semble d’ailleurs avoir compris.
Le problème est que Mba Obame savait que j’étais dans une logique de conciliation en vue de la restitution des biens mal acquis en faveur des Gabonais les plus pauvres. C’est pour empêcher la conciliation, et donc pour m’empêcher de retirer ma plainte que ce cuistre m’a mis en prison.

- Je ne comprends pas comment les Gabonais peuvent être aussi peu perspicaces. Mba Obame est le pyromane qui crie au feu, c’est évident.

- Voici le contexte. Le président de la République a un certain âge. Manifestement, il n’est plus aussi présent qu’en son temps. Il se trouve qu’il n’a pas, officiellement, préparé sa succession.

Mba Obame était présent lorsque je lui ai dit: “Monsieur le président, vous portez une lourde responsabilité. Si vous décidiez de prendre votre retraite, vous laisseriez un pays où on ne respecte pas les lois, car ceux qui sont payés cher pour les faire appliquer sont les premiers à les violer. Les Gabonais n’ont pas appris à respecter une constitution que vous modifiez avant chaque élection présidentielle. Ils n’ont pas appris à respecter l’urne, car les élections organisées dans ce pays ont toutes été chaotiques. Les Gabonais n’ont pas appris à vivre ensemble, car si la géopolitique a pu avoir une justification à un moment donné de notre histoire, force est de constater qu’elle n’a eu pour résultat que de cloisonner nos ethnies, nos clans, nos provinces et nos villages. Sur quel mode, sur quel principe les Gabonais vont-ils fonctionner lorsque vous ne serez plus aux affaires? Et ce n’est pas moi qui vous dirais la guerre de succession intense qui prévaut dans votre propre entourage qui se tient encore tranquille, car vous l’arrosez d’argent, le tout sur fond de crise sociale. Monsieur le président, si vous ne réagissez pas, nous allons vers une tragédie nationale. Vous seul pouvez l’éviter…

Tout ce que fait Mba Obame s’inscrit en plein dans la guerre de succession. Mais lui, se croit plus malin que les autres en jouant les pompiers pyromanes.

- Les Rénovateurs sont impatients de prendre le pouvoir. C’est pourquoi, par la personne de Mba Obame, ils entreprennent tout ce qui peut affaiblir Bongo.

- Oui. Je sais ce que je dis et je pèse mes mots. Mba Obame et ses amis se concertent pour prendre des décisions qui nuisent à l’image de leur père dans l’opinion internationale. Mais au plan intérieur, il se présente comme le défenseur de Papa le plus dévoué et le plus déterminé. Vous voulez des exemples? Connaissant la notoriété internationale de Marc Ona, il lui interdit de sortir du territoire. Sans notification officielle. Evidemment, toutes les ONG internationales qui l’attendaient pour une conférence aux Etats-Unis protestent violemment. Malgré cela, il l’empêche de se rendre à une conférence au Congo. Les réactions se manifestent de plus en plus fort. A l’assemblée générale des Nations Unies à New York, en septembre 2008, un collectif des plus grandes ONG du monde remet au vice-président de la République, en mains propres, une lettre de protestation adressée au président Bongo.
Malgré cela, il l’empêche de se rendre à une autre conférence au Sénégal. Vous imaginez les réactions au plan international.
En février 2008, il suspend toutes les ONG. Toutes! Cela ne s’est jamais vu ailleurs. Nulle part. Tir groupé de toutes les ONG et associations dans le monde.

En réaction à la plainte BMA, il corrompt la Gabonaise et les Congolais qui s’étaient portés partie civile dans la plainte BMA avec l’argent du Gabon et faisant subir des pressions de toutes sortes aux plus déterminés, dont la menace de mort sur la famille Toungamany. En passant, il tente de corrompre Les avocats de Sherpa. Ce qui suscite un tir groupé des médias français qui n’ont jamais vu ça. Enfin, il nous met en prison arbitrairement, sachant très bien que l’opinion internationale se saisirait de cette affaire dont le dernier modèle est la Birmanie.

Et puis il vient là, faire semblant de s’étonner du “harcèlement des médias français“.

Je l’énerve, parce qu’il sait que je sais qu’il sait que lorsqu’il prend de telles initiatives, ce n’est pas Mba Obame qu’on vilipende dans le monde. Qui le connaît? Pour l’opinion internationale, c’est Bongo qui persécute Marc Ona, c’est Bongo qui a suspendu les ONG, c’est Bongo qui nous a arbitrairement envoyés au bagne. Parce qu’il a fait sciences po, Mba Obame croit être plus intelligent que la moyenne et il croit pouvoir manipuler tout le monde.

- En effet. Et je maintiens que Mba Obame et ses complices sont au cœur d’une conspiration sourde.

- Le jour où il a invité Marc et moi à discuter dans son bureau, le ministre de la Défense, Ali Bongo, après avoir eu l’outrecuidance de me faire la morale pendant une heure, m’a dit qu’un Blanc, une barbouze est venu spontanément lui proposer de “régler le compte de Grégory proprement, sans laisser de trace“.

Je lui ai dit que je m’y attends depuis l’instant où j’ai décidé de me constituer partie civile. En effet, je sais que le combat contre la Françafrique m’oppose objectivement à toute la crapulerie d’affaires française au Gabon, aux loges maçonniques affairistes et à leurs valets locaux. Sans parler des Gabonais qui préfèrent mourir à petit feux sous prétexte que “nous avons la paix” plutôt que prendre leur responsabilité devant l’Histoire et l’avenir de nos enfants.

- Si, bien sûr. Mais étant donné que notre peur est leur première arme, chaque fois que j’ai peur, je suis révolté et encore plus déterminé. Lorsque j’étais en prison, j’ai connu un état d’exaltation profonde, car je savais que j’étais là pour qu’on ne jette plus les Gabonais en prison de cette manière et pour que les Gabonais n’aient plus peur.

- Si vous ne voyez pas une conspiration de la part de ceux qui font tout pour affaiblir le président afin de prendre le pouvoir, vous en verrez les prémisses et les manifestations d’ici peu.

Le Gabon se birmanise un peu plus février 4 2009

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Editorial publié le 10 juin 2008
sur le  site de Publiez ce que vous payez Gabon
pwypgabon.org

birman

 Photo: S@m

 Donc, Marc Ona Essangui ne pourra sortir du Gabon que lorsqu’il aura «choisi sa casquette». C’est ce qu’explique notre ministre de l’Intérieur pour justifier la birmanisation croissante du pays. En 2008, un Gabonais doit donc choisir: ou s’occuper de l’environnement, de la santé, de l’éducation, du social, de culture, de développement, des droits et des libertés ou… faire de la politique.

Cette alternative insolite reflète la nature même de la pratique politique dans notre pays: un politicien doit s’occuper de politique à la gabonaise, c’est-à-dire laisser aux ONG les débats et les initiatives concernant la protection de l’environnement, le social, la santé, l’éducation, la culture, le développement, les droits et les libertés.

Question: dans ce cas, à quoi servent les politiciens? Réponse: la politique gabonaise a pour rôle de multiplier les discours et les incantations en s’appuyant sur la langue d’okoumé, spécialité de l’élite, pour entretenir un îlot  de privilégiés dans un océan de misère.

On comprend l’acharnement du gouvernement qui, après avoir suspendu les ONG, interdit la libre circulation d’un de ses représentants les plus crédibles, au motif qu’il faut se déterminer clairement: soit on traite les problèmes de la collectivité, soit on y renonce en s’inféodant à une entité politicienne. Sachant que l’ensemble de la classe politique ne fait qu’une, qu’Omar Bongo demeure le leader de la majorité et de l’opposition, que la seule opposition tolérée dans les médias est l’opposition de service, tout citoyen gabonais non encarté et non triponctué représente un grave danger pour la «stabilité» des affaires. Personnelles.

A en croire le ministre de l’Intérieur, le fait d’adhérer à une organisation non gouvernementale, à une association ou à un collectif impliquerait donc le renoncement à la citoyenneté et le détachement vis-à-vis des réalités qui concernent directement nos parents, nos enfants, nos voisins, nos amis et toute la misère répandue méthodiquement devant nous depuis 1967.

Le grand reproche que le ministre Mba Obame adresse par ailleurs à Marc Ona est son «refus de négocier». Outre que la négociation ne saurait être une obligation, on sait très bien qu’à chaque revendication, dans notre pays, la négociation consiste à recevoir les «meneurs» et à les «calmer» avec de l’argent. C’est le prix de la stabilité et c’est ainsi que tous les problèmes sont réglés. C’est ainsi que «nous avons la paix !»

A l’heure où certains chefs d’Etats africains s’appliquent à entrer dans l’Histoire, tel Abdoulaye Wade qui, profitant de sa présidence islamique, s’implique dans le conflit israélo-palestinien, le plus sensible et le plus vieux du monde, en servant même de médiateur entre la Hamas et le Fatah, nos dirigeants, eux, nous mènent de régression en régression.

Il est inquiétant de voir que les seules leçons que notre ministre de l’Intérieur a retenues de sciences po sont les théories de Machiavel et les pratiques de Staline, d’Enver Oxha et de Kim Il Sung. Mais il y a un  espoir: le peuple sait toujours, à un moment donné, répondre aux provocations et établir un ordre nouveau.

Plainte contre Transparency International, Sherpa et moi décembre 28 2008

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Il était une fois, un apprenti sorcier qui ne savait pas de quoi il parle et qui ouvrit la boîte de Pandore pour quelques dollars de plus. Puisque c’est l’objectif manifeste de la plainte de la Fondation Omar Bongo pour la paix parrainée par icelui contre moi, je préfèrerais la prison à vie plutôt que rendre public ne serait-ce qu’un élément du dossier qui, immédiatement, entraînerait des massacres entre Gabonais.

 Tout ce que je demande, c’est la restitution des biens mal acquis. Personne n’en mourra.

J’ai eu l’occasion d’écrire des articles et de dire au PR lui-même que ses prétendus défenseurs causeront sa perte, car tout ce qui les intéresse, c’est l’argent. “Bongo est un nom qui se vend bien“, disent les associations préfabriquées par André Mba Obame, le ministre de l’Intérieur et tous les autres bongolâtres. Y compris ses avocats français qui l’entraînent de gaffes en gaffes pour se faire autant d’argent qui ne sert pas au bien-vivre des Gabonais. Ils doivent bien rigoler entre eux, lorsqu’ils demandent à la justice gabonaise d’émettre un mandat d’arrêt international contre TI et Sherpa. Mais c’est moins burlesque pour le contribuable gabonais qui connaît le montant de leurs honoraires. Lorsque, par exemple, l’avocat Eric Meyer fait cadeau d’un chèque de 41 370 euros (27 138 720 F Cfa) pour acheter une Mercedes à Pascaline Bongo, on imagine l’ampleur de leurs intérêts dans la famille.

Cette forme de la Françafrique qui s’enrichit du mépris de nos peuples et de l’humiliation de nos rois nègres est également un moteur de ma décision de me porter partie civile.

 Je sais que cette plainte est destinée à anticiper le procès Biens mal acquis en m’isolant de Transparence Internationale et Sherpa. Mais je ne cache pas mon impatience de voir s’ouvrir ce procès qui excite vivement ma curiosité intellectuelle.

2OO8 sera l’année d’une véritable révolution populaire décembre 26 2008

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Point de vue publié dans Echos du Nord,  janvier 2008

Isis

Photo: S@m

Et voici le gouvernement nouveau. Comme le Beaujolais nouveau, il est toujours nouveau. Pourtant, c’est toujours le même Beaujolais, à quelque tanin près. Mais en fait de Beaujolais, notre gouvernement est aussi gouleyant qu’un petit Mabwéla, ce flacon qui prétend contenir du vin mais qui ne tient pas sa promesse. Notre gouvernement est au progrès ce que le petit Mabwéla est à l’œnologie.Comme à chaque épisode, le mauvais feuilleton des 40 ans de règne d’Omar Bongo est sous-titré. «Mission» (Cf Rambo), tel est l’éponyme de cette nouvelle fiction. Toutefois, ce navet gouvernemental est plus sérieux qu’il n’y paraît: comme la télé le fait des téléspectateurs, il a fait des Gabonais un peuple avachi, veule et autiste. S’il respectait véritablement le peuple, le régime changerait notre devise. Au lieu du caduc Union-Travail-Justice, il serait pertinent qu’il inscrive sur nos armoiries «On va encore faire comment? Le pays est géré!». Le syndrome de Stockholm court toujours: les Gabonais se sont épris de ceux qui les tiennent en otage et ils font tout pour ne plus s’en libérer.

En s’appliquant méthodiquement à faire régresser notre pays, en multipliant des slogans et en le harcelant de fausses promesses quotidiennes et uniquement incantatoires, les gouvernements successifs n’ont qu’un objectif : pousser les Gabonais à bout. Comme pour mesurer le degré d’indolence du peuple et son refus de prendre ses responsabilités devant l’Histoire.

J’ai dit un jour à un ami ministre que je voyais très bien leur jeu : ils bénéficient des privilèges du pouvoir, alors qu’en coulisse, ils le vomissent autant que le commun des Gabonais qui attend qu’un messie sorte de la cuisse de Jupiter. C’est pourquoi, sans prendre de risque, et de manière insidieuse, ils le sabordent de l’intérieur. Particulièrement en auréolant, autour d’Omar Bongo, l’icône surexposée d’un demi-dieu. C’est ainsi qu’à la RTG1, à tous les journaux télévisés, le Gabonais est harcelé de 45 minutes de lutte contre la pauvreté, d’actes pour le Gabon, de paix, de développement, de haute sagesse du «président-de-la-République-chef-de-l’Etat-président-fondateur-du-Parti-Démocratique-Gabonais». Ce, tous les jours, tous les jours, tous les jours! Depuis 40 ans! «Vous avez fabriqué un petit Kim Il Sung des tropiques!», avais-je conclu, en m’adressant à cet ami ministre qui feignait de n’avoir pas entendu.

Quelles missions ?

S’il voulait amorcer le progrès du Gabon, le gouvernement qui a réduit le nombre de ministres d’Etats sans se donner aucun ministre d’actions, devrait s’imposer les missions suivantes, considérant que les faits sont toujours contraires à ses déclarations:

-     arrêter urgemment de lutter contre la pauvreté;

-     détruire les routes, en particulier la seule voie d’accès à l’intérieur du pays, devenue un parcours du combattant (on peut y parcourir 3 kilomètres en 3 heures) et continuer de refaire chaque année uniquement les boulevards qu’emprunte le président de la République;

-     rendre définitivement inopérant notre système sanitaire;

-    saboter tout le système éducatif et supprimer les bourses d’études des plus pauvres;

-     réduire le pouvoir d’achat des Gabonais en augmentant encore le SMIG, mais en augmentant encore plus le prix des biens de consommation courante ;

-     mettre en prison ceux qui refusent de pratiquer les détournements de fonds et toute forme de corruption et adopter une loi portant impunité des crimes économiques ;

-    intensifier la géopolitique, anti-républicaine, qui développe le repli ethnique, favorise objectivement certaines provinces et certaines ethnies afin de créer des tensions explosives lorsque l’unique dénominateur commun ne pourra ou ne voudra plus remplir sa fonction;

-    dépenser encore plus de milliards pour les pagnes et les groupes d’animation qui sont l’investissement prioritaire des fêtes tournantes ;

-    continuer de faire semblant de croire au Nepad ;

-   faire confiance à l’OMC sans savoir pourquoi et s’y lancer à corps perdu comme si nous avions quelque chose à y gagner;

-   faire semblant d’ignorer à quel point, à l’échelle mondiale, les impérialistes du Milieu sont impitoyables et peu fiables en affaires et oublier que le palais Léon Mba (Assemblée nationale), qui est à reconstruire et la toute nouvelle salle polyvalente de Franceville qui s’est pulvérisée toute seule prouvent que, même dans le bâtiment, les Chinois ne produisent que de la pacotille;

-    s’entêter à livrer Bélinga et tout le pays au péril jaune, dans le même esprit que les roitelets de village qui ont favorisé la pénétration coloniale pour quelques bibelots et de la verroterie;

-     continuer d’entretenir des relations personnelles, voire familiales, avec Nicolas Sarkozy dont la vision de la Françafrique varie selon qu’il est à Paris, à Dakar ou à Libreville;

-    appuyer le CNC dans la « régulation» sans pitié de tous ceux qui usent de leur liberté d’expression en assimilant, délibérément, la dénonciation à l’outrage, le trouble de l’ordre établi au trouble de l’ordre public;

-    continuer de mettre en prison, les dangereux diviseurs qui, par voie de presse, se battent pour la liberté de juger l’action du gouvernement et qui commettent le crime de lui proposer une autre vision pour ce pays en régression constante;

-   réprimer sévèrement ceux qui sont convaincus qu’il n’y a pas de progrès possible lorsque tout un pays considère un seul homme comme le seul et unique principe politique;

-    ne tolérer l’intrusion des religions, des associations et des ONG dans la politique que lorsqu’elles soutiennent Bongo;

-    continuer de faire croire que les Gabonais sont fiers d’avoir le plus ancien chef d’Etat en exercice au monde, pendant que tous les autres peuples ont honte à notre place;

-    au fur et à mesure que l’unanimité s’établit sur l’appauvrissement galopant du plus grand nombre, encourager une infime minorité à narguer le peuple, dans sa galère de taxis, en exhibant des Mercedes, des Hummer, des Lexus, des Chrysler 300 (voitures de fonction de chacun des 9 conseillers du CNC, à 39 900 000 F l’unité), des Land Cruiser VX, des BMW et autres Volvo qu’aucun salaire normal ne peut acheter en si grande quantité et à une telle fréquence.

Certes, je parle du gouvernement. Ce qui pourrait faire penser que je ménage le président de la République. Hé bien, non. Le fait est que le gouvernement, comme toutes nos institutions, ne travaille pas pour le peuple. Il travaille pour une seule et unique entité. La seule qui se vante d’être le seul capable de «faire d’un chien un ministre»: le chef de l’exécutif, du législatif mal élu par une infime minorité de non abstentionnistes, du judiciaire, des armées, de l’administration, de la majorité, de l’opposition, de la presse, des syndicats, des cercles discrets ou secrets, des religieux, des ONG, des associations, des artistes, des jeunes, des Gabonais d’adoption (comme Léon Mba désignait les étrangers), des chefs d’Etats africains, des contre-pouvoirs, des hommes d’affaires, des travailleurs, des chômeurs, des riches, des pauvres, des handicapés, des sportifs, des malades, des chanteurs (toujours heureux d’avoir reçu verbalement 1 milliard), des nganga, des professions médicales, de l’élite intellectuelle, des ouvriers, des enseignants, des agriculteurs, des chercheurs, des banquiers, des fonctionnaires, des commerçants, des bureaucrates, des techniciens, des étudiants, des lycéens, des élèves, des PME, PMI et TPE, du BTP, des transporteurs, des barmen, des journalistes auto censeurs de la RTG1, des mal élus locaux, bref, de tout ce et ceux dont il a, un jour, annoncé la disparition de la carte dès qu’il ne sera plus au pouvoir.

C’est pourquoi j’ai dit plus haut que le gouvernement est plus sérieux qu’il n’y paraît. Une observation simple et un petit effort de mémoire nous permettent de comprendre le mal du Gabon: on nous prépare un après-Bongo cataclysmique.

En 40 ans, les Gabonais n’auront pas appris à respecter les lois; les institutions n’auront pas appris à fonctionner correctement; à force de fraudes électorales, le peuple souverain vomit le seul véritable instrument de sa souveraineté directe: l’urne; la géopolitique a balkanisé le pays et cloisonné les ethnies; le clientélisme politique a développé l’opportunisme. L’absence d’institutions solides exacerbe la guerre de succession; la course à l’enrichissement personnel illicite a neutralisé la conscience patriotique et le culte de la personnalité annihilé l’édification d’une nation reposant sur une conscience collective: le seul consensus national au Gabon est… Omar Bongo Ondimba. C’est pourquoi on nous rebat les oreilles avec la paix, alors que notre pays n’a jamais connu de guerre. Il s’agit, à l’heure du déluge programmé, de nous faire regretter les 40 ans de paix d’Omar Bongo. C’est dans ce sens que le chef de l’Etat lui-même, dans ses discours les plus récents, incite les Gabonais à la révolte. Voyons le schéma: le dénominateur commun parti ou empêché (d’une manière ou d’une autre), que restera-t-il du Gabon ? Une bombe à retardement.

Et bien demain, lorsque Bongo ne sera plus, les 40 ans de frustrations, d’injustice sociale, de favoritisme, d’opportunisme et de pillage vont exploser. L’objectif sera atteint: on cherchera le Gabon sur une carte et on regrettera la paix. Mais demain n’est pas si loin. Un peu d’attention permet d’observer que dans les quartiers, dans les villages, se prépare ce que nous attendons depuis trop longtemps: 2008 sera l’année d’une véritable révolution populaire.

 Grégory Ngbwa Mintsa

3 janvier 2008

Bongo est honnête décembre 26 2008

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Point de vue Publié dans Echos du Nord, décembre 2007

Faire de l’opposition systématique est bête et antipatriotique. Il faut savoir être objectif: le président Bongo, dans son discours à la Nation, nous a montré qu’il est un grand homme. En effet, il faut une grande profondeur d’esprit, beaucoup de courage politique et d’honnêteté intellectuelle pour reconnaître solennellement, dans un discours à la Nation, l’échec total de ses quarante ans de règne. Cette autocritique acerbe est à la fois historique et emblématique.

Historique, car elle nous fait découvrir un chef d’Etat enfin lucide à qui il aura fallu 40 ans pour entendre ce que nous lui répétons depuis tant d’années. Dans un long lamento, atteignant des sommets de lyrisme, il nous a adressé un grave mea culpa: « la détresse des plus vulnérables de nos citoyens me parvient chaque jour. Je sais que le coût de la vie et le chômage sont devenus pour beaucoup de Gabonais une hantise de tous les instants (…) que l’état de notre réseau routier, de nos infrastructures sanitaires et scolaires, de nos moyens de transports publics » laisse fort à désirer. Et de s’interroger sur ce qu’il a fait d’Air Gabon, d’Africa N°1 et d’autres entreprises qui étaient de rares sujets de fierté nationale jusqu’à ce qu’elles soient purement et simplement sabordées. Et de reconnaître enfin officiellement qu’il a laissé se développer une caste de corrompus et de prévaricateurs dans les plus hautes sphères de l’Etat, coupables quotidiennement de crimes économiques, au sacrifice du plus grand nombre.

Je suis personnellement soulagé de constater que le président Bongo a enfin ouvert les yeux sur tout ce que nous dénonçons depuis des décennies sans être entendus. Mais la gaboniaiserie veut que, exactement les mêmes propos, dits par les aigris, extrémistes, jaloux, déviants, revanchards, terroristes, va-t-en-guerres, bellicistes, diviseurs, affamés envieux qui composent la farouche-opposition-radicale- qui-veut-mettre-le-pays-à-feu-et-à-sang-et-tuer-la-paix-si-chèrement-acquise-sous-la-haute-sagesse-de-Son-Excellence-le-président-de-la-République-Chef-de-l’Etat, les mêmes propos, donc, repris point par point par le Grand sage doyen des chefs d’Etats africains deviennent soudain intelligence, lumière, vision, vérité, lucidité, clairvoyance, discernement, intellection, profondeur, sagacité, haute sagesse.

Et c’est là que ce discours à la nation est emblématique. Emblématique de ce que j’ai déjà déploré dans vos colonnes (Echos du Nord n°31), à savoir le fait que l’élite gabonaise joue sur les travers de la tradition orale. Au Gabon, tout est fait dès lors que tout est dit. Verbalement. C’est tellement vrai que ce discours intervient deux ans après le début du mandat marqué oralement sous le signe des «actes pour le Gabon» et un battage médiatique promettant que demain serait meilleur qu’aujourd’hui, que le meilleur est à venir, que nous ferons de la lutte contre la pauvreté notre première préoccupation et qu’enfin, vous allez voir comme nous avons changé.

L’autocritique du président de la République se passe de commentaire. Les pédégistes devraient suivre la voie tracée par le Lider maximo, Grand Timonier: désormais, ils savent que l’heure est aux bilans, à la remise en question afin de commencer à servir le peuple gabonais et d’arrêter de déifier un citoyen en le plaçant comme le début et la fin de leur action ou, plus précisément, de leurs privilèges. On peut donc rêver qu’on ne verra plus, désormais, un éminent historien africain, Elikia Mbokolo créer sur RFI et la RTG, une nouvelle branche de l’histoire contemporaine exclusivement gabonaise, la bongagiographie.

On pourrait espérer qu’en revanche, des experts seront commis pour trouver des solutions aux problèmes du pays.

Malheureusement, on est en droit de craindre que ce discours s’inscrive encore, de manière emblématique, dans la culture du bongoïsme et le mode opératoire des gouvernements gabonais successifs depuis 40 ans: effets d’annonce et procrastination (remettre au lendemain, puis au lendemain, puis au lendemain ce qu’on peut faire aujourd’hui) Cf «Demain un jour nouveau» dans les années 70, «Demain sera meilleur qu’aujourd’hui» au milieu des années 2000.

Un nouveau gouvernement est annoncé ? Les Gabonais font semblant de l’attendre impatiemment et jouent à se faire peur en se demandant qui sautera. Mais au fond d’eux-mêmes, ils savent très bien que les mêmes seront reconduits. Aucun espoir qu’il y ait du sang neuf, puisque le président de la République affirme ne réserver aux jeunes que des installations sportives et des loisirs, pourvu qu’ils ne se penchent pas sur les vrais défis qu’ils devront relever demain. Il est vrai que la jeunesse gabonaise, qui n’aspire qu’à succéder à l’élite corrompue, est une des rares au monde qui ne s’interroge pas sur ce qu’elle sera dans cinq, dix, vingt, vingt-cinq ans. Lorsque, par exemple, après avoir exploité Bélinga, les Chinois, bien qu’ils n’aient pas payé d’impôt ni de taxe pendant 25 ans, bien qu’ils aient dévasté toute la forêt qu’ils ont jugé nécessaire de détruire, bien qu’ils aient une priorité sur tous les autres minerais qu’ils pourront trouver sur leur passage, bien qu’ils aient détruit l’environnement sous la couverture exclusive de l’Etat gabonais, bien qu’ils aient fait du Gabon une province de la Chine après nous avoir envahis, les Chinois, donc, pourtant détenteurs de 75 à 90% de Bélinga, décréteront unilatéralement que le gisement n’est pas rentable après 25 ans d’exploitation intensive et exclusive. L’Etat gabonais, selon les accords, devra leur payer des compensations dont la valeur sera définie par les Asiates eux-mêmes. Que restera-t-il alors à notre jeunesse insouciante ?

Si je pouvais me permettre de donner un conseil à notre président, je lui dirais de consacrer les quatre ou cinq mandats qui lui restent à ouvrir grandes les portes de la postérité en laissant l’héritage d’un règne qui, désormais, sera le contraire de celui qu’il a décrit et décrié pour son quarantième anniversaire.

Et que cela commence par la publication libre de cet article que le Conseil National de la Communication, grand garant de la liberté d’expression et d’opinion inscrite dans la Constitution, va chercher à condamner.

Il devra d’abord sanctionner la publication du discours à la Nation, autrement plus virulent que ce point de vue, pour avoir vilipendé les quarante ans de règne d’El Hadj Omar Bongo Ondimba aussi outrageusement.


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